Bénin : faudrait-il s’inquiéter ?
En retrouvant en 1990, le processus démocratique perdu en 1972, suite à moult errements politiques des trois grands leaders de l’époque, le Bénin a fait la preuve de son attachement fondamental au pluralisme politique et aux valeurs républicaines qui s’y attachent. Mais, contrairement aux précédentes élections présidentielles ; celles de 1991, 1996, 2001 et 2006, celle de 2011 ne semblent pas se présenter sous de bonnes auspices. Les Béninois, de tous bords, à la remorque d’hommes politiques aux discours radicalisés font planer sur ces élections, comme un vent de menace. C’est à se demander si le perdant qu’il s’appelle Adrien Houngbédji ou Yayi Boni, reconnaîtra sportivement la victoire de l’autre. Car, c’est bien entre ces deux-là que se jouera la présente élection. Jamais, avant les élections de 2011, on a vécu tant d’animosités politiques, de haines et de scandales de toutes sortes. Mieux, dans un décor national rythmé par des combats physiques à l’Assemblée nationale, les frondes répétées des députés, les marches enflammées de soutien, les brutalités policières sélectives, le parti pris des médias d’Etat, les grèves sans fin, l’insécurité née d’incessants braquages et la disparition pure et simples de hauts fonctionnaires détenant des dossiers sensibles, il est permis de se demander où va la démocratie béninoise tant citée en Afrique comme un modèle du genre. Le plus inquiétant, ce sont les libertés que l’opposition dénonce comme étant contraires à l’orthodoxie parlementaire. Plus grave encore à mon sens, c’est de voir que c’est moins la CENA (Commission Electorale Nationale Autonome) que la Cour Constitutionnelle qui est devenue la vedette de nos institutions. Pour tous les Béninois, l’homme qui prêtera serment le 6 avril 2011 en qualité de Président de la République devra être désigné par les urnes et uniquement par les urnes. Il doit être clair pour certains qu’à trop vouloir jouer avec les allumettes, on peut provoquer des sinistres. Mais, la plupart des Béninois, qu’ils soient de la diaspora ou non, développent ce que j’appellerai le syndrome de la paix nécessaire. Ils restent presque tous ancrés dans l’idée que, malgré les coups bas, les antagonismes affichées et les menaces à peine voilées, les urnes apporteront l’apaisement indispensable à la remise en route des institutions, de l’économie et de la vie sociale. Voilà pourquoi le Bénin, pays du vaudoun et du savoir est aussi le pays de la palabre enflammée et des invectives qui aboutissent rarement au pire. A l’heure des irrédentismes, c’est notre vœu le plus cher.
Dave Wilson


