EDITO

Où en est la Charte ?

Où   en   est   la Charte de la diversité en cette fin d’année 2011 ? De l’avis  unanime de ceux qui  suivent   l’évolution de  ce  contrat social pour la diversité   en   entreprise,  le bilan  –  six    ans   après  sa création  –  est  plutôt mitigé. Dans   quelle   mesure   les entreprises signataires (dont un  certain  nombre  dans  le Nord-Pas-de-Calais) ont-elles    effectivement      lutté contre les discriminations ? Quelles places ont été faites aux séniors, aux handicapés, aux femmes,   aux   minorités visibles,  aux   jeunes   dans leurs entreprises ?
Sur    les   deux    dernières années,   32 %   des entreprises   signataires  ont honoré  leurs  signatures  en 2011 contre 24 % seulement en 2010. Si monsieur Claude Bébéar,    l’ancien   président d’AXA   et  co-fondateur de la Charte  n’est pas  totalement satisfait  de   cette   avancée, c’est parce que, sans nier les progrès intervenus depuis sa création, il   voit  trottiner une locomotive à la place du TGV dont   il   avait  rêvé en 2005.
Si      ces     entreprises communiquent largement sur la signature    de    la Charte, c’est par contre silence radio sur   les   actions   concrètes découlant de leurs engagements.    La   récente parution   du   livre   de   Kag Sanoussi,  secrétaire général de   la  Charte de la diversité (« Le réflexe Sapiens ») nous    permettra   de revenir bientôt   et   largement  sur la question.

Dave Wilson (Novembre 2011)


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CONFERENCE-DEBAT

L’esclavage d’hier à aujourd’hui


Dans le cadre de la Journée Nationale de l’abolition de l’Esclavage, quatre associations de la diversité (AP2D, SAGE’S TOUR, TERRE DE GANSSOSSO et l’ARBF) avaient mis leurs savoir-faire en commun avec la Maison des droits de l’Homme de Villeneuve d’Ascq pour organiser, en mai 2010, une exposition intitulée : « L’esclavage, d’hier à aujourd’hui ». C’était au Château de Flers de la ville dont monsieur Gérard Caudron est le maire. Quatre mois plus tard, à Lannoy, cette fois-ci, AP2D, l’association de Promotion du Développement Durable de Ghislain Adjovi et Sage’s Tour ont renouvelé l’opération, mais à Lannoy, cette fois.

 

                                                       

 

Suite à l’intervention de monsieur Michel Colin, maire de Lannoy, Cosme Adjovi, président de l’association Sage’s Tour s’est adressé à l’assistance. Après avoir remercié monsieur Colin, il a précisé dans son intervention : « L’esclavage est un déni de la race humaine. Il détruit le libre-arbitre de l’homme, supprime le principe naturel du droit et du devoir ; c’est une violation flagrante du dogme républicain. Aujourd’hui, il se présente sous plusieurs formes. Nous en sommes les victimes, les enfants encore plus ».
L’esclavage ? Sujet délicat que celui du devoir de mémoire qui n’arrange pas tout le monde. Le philosophe français Pascal Bruckner avait tranché la question dans l’un de ses livres paru en 1983 « Le sanglot de l’homme Blanc », expliquant qu’il était temps de ne plus rendre les dominants d’hier, responsables des souffrances des pays du sud. Non au sentiment de culpabilité permanente et à l’auto-flagellation.


Des anneaux dans le nez


L’esclavage existe depuis la nuit des temps dans les sociétés humaines. La Traite négrière est, dans l’Histoire de l’humanité, la forme marchande de l’esclavage. Des êtres humains étaient traqués, pourchassés, capturés, enchaînés et vendus comme on vend un bœuf, une botte d’épinards ou une paire de chaussures. L’histoire nous apprend que 2000 mille ans avant J.-C. (dans la civilisation de Sumer), on mettait aux esclaves un anneau dans le nez comme aux bœufs et aux taureaux. A l’époque de l’antiquité gréco-romaine, étaient esclaves, les citoyens condamnés à l’esclavage par un tribunal parce qu’ils ne pouvaient pas payer leurs dettes ; les prisonniers de guerre ; les « barbares », ceux qui n’étaient pas grecs et donc considérés comme des êtres inférieurs.

Au IIe siècle après J-C (autrement dit, à l’apogée de l’Empire romain), on comptait à Rome 400.000 esclaves pour nourrir 20.000 citoyens, soit 21 esclaves pour un citoyen). Au Moyen-Age, en Occident, la condition des serfs qui ont remplacés les esclaves, s’est nettement améliorée. L’esclave est la propriété d'un autre homme, c’est-à-dire du maître qui avait sur lui tous les droits, y compris le droit de le priver de tout, de le faire fouetter jusqu’au sang, de le vendre ou le tuer. Un esclave était donc considéré comme un animal domestique ou un meuble. Au Moyen-Âge, le serf était simplement lié au sort de la terre qu’il cultivait pour son seigneur.

Encore 27 millions d’asservis

Alors que l'esclavage tend à disparaître en Europe, il va renaître ailleurs avec les colonies et leurs plantations issues des grandes découvertes. On va chasser les Noirs, en Guinée, au Sénégal, en Gambie, en Angola, au Congo et bien évidemment, dans le Golfe de Guinée qui a payé un très lourd tribut à la traite avec les ponctions effectuées au Nigéria, au Bénin, au Togo, au Ghana et j’en passe.
L’Empire colonial occidental avait expressément besoin de main-d’œuvre. Il passera donc par La traite négrière.

L’esclavage est officiellement aboli depuis 1848 en France, 1865 aux États-Unis, 1962 en Arabie-Saoudite, 1981 seulement en Mauritanie. Pourtant, il existe toujours. En ce début du 21e siècle, les instances internationales estiment à plus 

de 27 millions le nombre d’êtres humains asservis aujourd’hui le monde. Dans sa forme moderne, l’esclavage se nourrit aussi de l’exploitation des femmes soumises à la prostitution et aux enfants, exploités dans des conditions épouvantables dans les mines, les usines et dans l’agriculture.


Paul Galiay : « nous ne pouvons pas occulter l’Histoire… »

A la salle Henri Echevin de Lannoy, le public local n’avait pas répondu. Si seulement 100 des 1707 habitants de Lannoy avaient fait le déplacement….nul doute qu’on aurait assisté à un débat pluriel et partant, plus riche. Mais ceux et celles qui étaient venus de Villeneuve d’Ascq, de Lille et des environs, ont animé cette conférence parce qu’ils se sentaient concernés par le sujet. La présentation de l’historien Paul Galiay suscita de multiples répliques.

Francis de Medeiros qui s’était déplacé pour la conférence, fit – avec le ton résolu et le brio qui le caractérisent – une intervention dont on retiendra l’extrait suivant : « Quand j’assiste à des rencontres sur la Shoa avec mes amis juifs, je leur dit : « attention ! On ne peut placer la Shoa au même niveau que la traite des Noirs. Les Juifs étaient considérés comme des êtres humains à éliminer parce qu’ils étaient solidaires, riches et puissants. Les Noirs, eux, n’étaient même pas considérés comme des êtres humains. C’était des bêtes qu’on pouvait traiter comme tel. Que mon propos soit bien compris, car il ne me viendrait jamais à l’esprit de hiérarchiser les horreurs. Une horreur est une horreur. Aucune horreur n’est acceptable ».


Eduquer les vidomêgon


Après avoir fustigé l’abomination de la traite négrière, le professeur Jean d’Almeida, insista sur la part prise par les Africains eux-mêmes dans la propagation, en certains endroits du continent, de l’ignoble commerce. On sait que certains rois et chefs de guerre africains ont troqué leurs prisonniers noirs contre des fusils, des canons et des bibelots fournis par les colons. On retrouve là, une compromission que dénonce l’éminent historien béninois Félix Iroko depuis plus de trente ans.
Gratien Towanou, lui, a parlé de l’esclavage des « vidomêgon », ces enfants qui, en Afrique, quittent les familles pauvres des zones rurales pour être placés dans des maisons bourgeoises en ville où ils sont généralement taillables et corvéables à merci : travaux domestiques, courses au marché, privations, injures, voire sévices corporels. Ces enfants dont les 90 pour cent sont des fillettes, sont le plus souvent non scolarisées. D’où le coup de sang de Gratien Towanou qui milite pour mettre fin à cette forme d’esclavage moderne.

Conclusion de Cosme Adjovi : « L’objectif de cette exposition sur l’esclavage, est de donner du courage à tous ceux qui le subissent de le dénoncer et de montrer qu’il faut toujours se battre et croire en l’avenir. Comme l’avait dit Victor Schœlcher : disons bien à nos enfants que tant qu’il restera un esclave sur la terre, l’asservissement de cet homme est une injure permanente faite à la race humaine toute entière ».
Ce fut un bon moment passé ensemble, avec, à la fin, ces viandes mijotées, ces patates douces, ces boulettes, ces aloko dont les saveurs ont mis longtemps à nous quitter. DW

 

 

 

Cosme Adjovi en compagnie de Michel Colin, maire de Lannoy

GHISLAIN ADJOVI


« Le thème de l’esclavage restera longtemps d’actualité »


r Adjovi, que peut-on, que doit-on retenir de cette rencontre de Lannoy ?


Permettez-moi avant d’aller plus loin, de remercier M. Michel Colin, le Maire de Lannoy et son conseil municipal pour avoir contribué avec tous les risques encourus, à la matérialisation de cette 1ère édition dans sa ville surtout en cette journée nationale du patrimoine. Je remercie par ailleurs, tous les invités qui de façon directe ou indirecte, ont honoré de leur présence cet évènement mais de surcroit ont vivement dans ce climat d’humilité et de fraternité ; contribué à dynamiser et élever le débat. Pour la jeune génération, ce fut l’opportunité de jouir de l’analyse des ainés mais aussi, de décoder et comprendre les motivations ayant menées à l’existence de cette période trouble de l’histoire de l’humanité.


Pour vous, la jeune génération a donc besoin de savoir pour appréhender l’Histoire et l’interpréter ?


La nouvelle génération, je pense, a besoin d’identifier, d’analyser et de comprendre certains indicateurs de ce « passé indigeste, dérangeant et encore tabou » pour se rassembler et dans un esprit de respect mutuel, de « fraternité » refuser catégoriquement toute idéologie ayant pour ambition la promotion, la culture de la peur de l’autre voire la stigmatisation et ce sur quelque continent que ce soit : Pire encore l’esclavage moderne à laquelle nous nous sommes presque

tous résignés. Il s’agit donc d’éveiller les consciences sur cet épisode trouble de notre histoire commune en invitant la nouvelle génération à jouir de ses droits mais surtout à assumer son devoir générationnel : telle était et reste ma motivation en tant que co-organiseur de cet évènement.


Etes-vous satisfait en tant qu’organisateur ?


Satisfait d’avoir pu rencontrer sur le terrain lors de la promotion, la population locale qui partage globalement l’idée qu’il est important de faire le devoir de mémoire pour que la jeune génération toute origine confondue, adopte une « philosophie plus responsable » et ne se fasse pas endoctriner comme on le constate de plus en plus en Europe ..... Mais quelque peu déçu du fait que tous n’aient pas franchement « osé » se joindre à nous pour, dans cet esprit de fraternité, débattre avec des arguments justes et viables.


On a comme l’impression que la déception l’emporte un peu sur la satisfaction…


Je reconnais volontiers qu’il est beaucoup plus facile de rassembler autour d’un tournoi de football voire de soirée dansante ou l’on peut se restaurer et faire semblant de s’intéresser à l’autre que de s’assoir et d’échanger sur des problématiques dites « sensibles ». Les experts en communication me diront que c’est une erreur de « stratégie » ou de « ciblage » mais nous ne pouvons pas promouvoir les principes fondateurs de la république en adoptant une stratégie de stigmatisation que nous dénonçons.


Autrement dit ?


Il y a un temps pour tout : ce n’est pas un crime que de rire, se restaurer voire même se déhancher ; au contraire c’est bon pour le moral mais ne nous y trompons pas cela ne dure qu’un temps et il est important à d’autres moments de ne pas trop se déconnecter de la dure réalité, il est important de garder une part de sérieux et de lucidité pour se poser en ces périodes « sensibles », les bonnes questions même si nous nous sentons quelque peu impuissants.


Le thème de la conférence « L’esclavage d’hier à aujourd’hui » nous renvoie avant tout à l’un des moments les plus sombres de l’Histoire de l’humanité. Ce thème vous semble-t-il être aussi un thème d’avenir ? Si oui, pourquoi ?


En 2010, force est de constater qu’un peu plus de 20% de la population mondiale consomme 80% des ressources mondiales, produit plus de 50% des émissions de gaz à effet de serre en partie responsable du réchauffement climatique avec toutes ses conséquences sur des populations déjà très fragilisées n’ayant ni les moyens de se plaindre encore moins de se défendre.
Simultanément et depuis un moment, on note l’acquisition de millions d’hectares de terres arables dans les pays du sud par quelques pays du nord et d’Asie pour faire face aux futurs besoins de leurs populations alors même que les propriétaires terriens bien souvent spoliés parce que pas de titre foncier.., peinent à assurer un repas journalier : l’Afrique est pauvre et a faim. ERREUR, l’Afrique a faim certes mais est extrêmement riche et pour s’en rendre compte, il suffit de s’informer sur les colossaux bénéfices dégagés par les nombreuses multinationales occidentales et asiatiques qui s’y intéressent voire tous les organismes qui veulent depuis des lustres sauver ce continent qui semble-t-il n’a rien à offrir au monde si ce n’est que sa misère.


La Chine-Afrique est en route


De même, on note un rythme effréné de prélèvement de matière 1ère du sud vers le nord, pire encore depuis que la Chine-Afrique s’est mise en marche ; sans que les populations locales ne puissent jouir en compensation de formations de qualité leur permettant un jour de transformer elles-mêmes leurs matières premières et les valoriser pour le développement de leur propre continent. Pendant que les asiatiques forment continuellement des ingénieurs à la pointe tout domaine confondu, le continent africain fait don de ses matières premières et en guise de remerciement, ses populations récupèrent les déchets dont plus personne ne veut. Ni les infrastructures de traitement en fin de vie de ces déchets ni les compétences nécessaires à leur revalorisation ne sont fournis avec ces derniers.


Une fois les ressources bradées jusqu’à épuisement, qu’auront à vendre ces pays du sud ? Ils devront de nouveau mendier et se soumettre ; la suite on la connait. C’est toujours dans de déplorables circonstances que le grand public prend conscience que l’Afrique est un continent extrêmement riche en matières premières et que nos grandes multinationales y ont beaucoup d’amis et quelques fois mais très rarement des ennemis. L’Afrique : la pompe à fric disent certains pourvu qu’elle ne demeure pas le grand marché des esclaves modernes après avoir bradé toutes ses ressources à ses « faux amis ».


Pour clôturer, j’ajouterai simplement qu’il suffit de décoder les informations accessibles pour réaliser que cette thématique dans les prochaines années : fera l’objet à l’échelle internationale d’une remise en question profonde de la condition humaine au nord comme au sud. Oui l’esclavage est une thématique qui malheureusement restera longtemps d’actualité.


Quelle sera la prochaine action de votre association ?


Elle sera au moment opportun divulguée et nous ne manquerons pas de vous en informer.
(Propos recueillis par DW)

 

 

 

 

 

Bien qu’essoufflé par sa prestation avec le groupe, le chef de troupe a expliqué à l’assistance ce qu’était la capoeira. Née il y a cinq cent ans des combats menés par les esclaves noirs des plantations de canne à sucre au Brésil pour leur liberté, la capoeira est à la fois, le symbole de la résistance de ces hommes enlevés de la mère Afrique et une pratique dont les racines puisent leur sève, leur raison d’être, dans les profondeurs de la culture afro-brésilienne. On aura aussi compris que la

capoeira est un vecteur de convivialité et un mode de vie. En effet, la capoeira réunit dans un esprit festif et contribue à l’éducation de ses adeptes. La capoeira apparait aussi comme un jeu d’éveil qui contribue au développement physique de ses pratiquants. Elle requiert, force, discipline, rapidité et fluidité. Comme l’indique un des membres de « Nacao Palmares » : « La capoeira est un jeu de force, de violence maîtrisée. Une façon de montrer à l'adversaire qu'on a toute l’agilité et la technique pour le toucher. En se retenant les capoeiristes créent, esquivent, amorcent des attaques en faisant dialoguer leurs corps en mouvement ». Pour avoir souvent assisté à ces démonstrations de capoeira au jet d’eau de Saint-Michel à Paris, je sais que le danger que personne ne nie est toujours présent. un violent coup de talon peut, à tout moment, percuter la tempe ou la mâchoire de son vis-à-vis. D’où une pratique où règnent, force, créativité, souplesse, coup d’œil et une vigilance de tous les instants. DW