EDITO

Où en est la Charte ?

Où   en   est   la Charte de la diversité en cette fin d’année 2011 ? De l’avis  unanime de ceux qui  suivent   l’évolution de  ce  contrat social pour la diversité   en   entreprise,  le bilan  –  six    ans   après  sa création  –  est  plutôt mitigé. Dans   quelle   mesure   les entreprises signataires (dont un  certain  nombre  dans  le Nord-Pas-de-Calais) ont-elles    effectivement      lutté contre les discriminations ? Quelles places ont été faites aux séniors, aux handicapés, aux femmes,   aux   minorités visibles,  aux   jeunes   dans leurs entreprises ?
Sur    les   deux    dernières années,   32 %   des entreprises   signataires  ont honoré  leurs  signatures  en 2011 contre 24 % seulement en 2010. Si monsieur Claude Bébéar,    l’ancien   président d’AXA   et  co-fondateur de la Charte  n’est pas  totalement satisfait  de   cette   avancée, c’est parce que, sans nier les progrès intervenus depuis sa création, il   voit  trottiner une locomotive à la place du TGV dont   il   avait  rêvé en 2005.
Si      ces     entreprises communiquent largement sur la signature    de    la Charte, c’est par contre silence radio sur   les   actions   concrètes découlant de leurs engagements.    La   récente parution   du   livre   de   Kag Sanoussi,  secrétaire général de   la  Charte de la diversité (« Le réflexe Sapiens ») nous    permettra   de revenir bientôt   et   largement  sur la question.

Dave Wilson (Novembre 2011)


Connexion

Réseau


OU VA LA COTE-D’IVOIRE ?

Un mois après la double proclamation des résultats présidentiels en Côte d’Ivoire, la Côte d’Ivoire vit une incroyable dualité gouvernementale, imposant à la population ivoirienne, locaux comme étrangers, une instabilité qui fait craindre le pire. Il n’est un secret pour personne que la Côte-d’Ivoire est le pays qui, en Afrique de l’Ouest, connaît la plus grande circulation d’armes de guerre. Le même phénomène s’était produit au Congo en 1997 avec le résultat que l’on sait. C’est pour s’opposer à la destruction de leur pays que les Ivoiriens ont manifesté le 8 janvier dernier à Lille.

Réunis à la Place de la République par un temps plus que frisquet, ils ont tous dénoncé « l’ingérence étrangère » en Côte-d’Ivoire et plus précisément, le néo-colonialisme français. Dans les coulisses de cette bruyante manifestation qui emprunta la très fréquentée rue de Béthune jusqu’à la Grand Place, un participant S’épanche : « monsieur le journaliste, moi, je vais vous dire le fond de ma pensée. A l’heure où je vous parle, je n’en suis plus à qui a gagné ou qui a perdu les présidentielles. Je suis écœuré de voir à quel point mon pays et nos pays en général, sont devenus les jouets de l’Occident et en particulier de la France qui, derrière des discours qui se veulent nobles, bride nos pays, impose des dirigeants à leur solde. Le fond du problème, c’est que la France ne souhaite pas le développement et l’indépendance réelle de nos pays, car face à des pays souverains et forts, elle ne pourra rien imposer. La France peut-imposer quelque chose au Brésil, au Pakistan, au Nigeria ou à l’Afrique du sud ? Les services secrets français peuvent-ils installer le défenseur de leurs intérêts à la tête de l’Inde ? Sarkozy peut-il donner trois jours à Hugo Chavez du Venezuela pour déguerpir du pouvoir ? Si nous ne protestons pas, si nous ne manifestons pas, si nous ne disons pas assez, dans 50 ans, les successeurs de Nicolas Sarkozy continuerons à traiter nos pays comme des provinces vassales de la France ».

A cette manifestation étroitement encadrée par les services de police qui, en tenue comme en civil, ont balisé tout le parcours, s’étaient joints d’autres Africains ; des Tunisiens, des Congolais, des Béninois, des Camerounais, des Guinéens dont les interventions ont tous porté sur l’ingérence étrangère dans la crise ivoirienne. On retiendra les interventions de Faustin Aïssi (enseignant et élu à Villeneuve d’Ascq), de Bah Siradiou, de l’Algérien Bouamama Saïd, du Marocain Imad Abdel, du Tunisien Hafeth Affes, de Gomez Coffi, de Pascal Bonin (venu avec la délégation parisienne du CODESCI (Comité de défense des Instituions et de la Souveraineté de Côte-d’Ivoire). Nous vous proposons quelques images de la manifestation.

 

Cette manifestation survient alors que les Ivoiriens, l’Afrique le monde entier a vu continue de voir avec effarement, les deux volets du film sur la Françafrique de Patrick Benquet où des voix autorisées (ambassadeurs, barbouzes, hommes de l’ombre…) annoncent sans rire, ce qu’ils ont fait en leur temps de l’Afrique en Afrique. Du coup, le combat contre la Françafrique devenait un combat urgent, légitime, nécessaire et vital pour le continent et plus particulièrement pour l’Afrique noire où des marionnettes tétanisées comme Léon Mba ou le fils Ali Bongo confirme combien les peuples travailleurs d’Afrique ne méritent pas les pantins qu’on place à leurs têtes pour les brimer et les dépouiller. La finesse politique de Laurent Gbagbo, c’est d’évoquer depuis une dizaine d’années, les forces contraires (la guerre, les coups d’Etats, les coups fourrés de la France contre son régime, l’adversité permanente…) pour expliquer l’échec de sa politique et surtout, la nécessité de ne pas devoir rendre compte de ce qu’il a fait ou n’a pas fait pour la Côte d’Ivoire depuis 2000. C’était la guerre et la partition du pays ; aujourd’hui, c’est le néo-colonialisme français. Il faut préciser que la réaction de Gbagbo est plus que normale, quand on se souvient de la précipitation de l’Elysée et du camp occidental à reconnaître la victoire de Ouattara et surtout, l’erreur politique qui consistait – pour le Chef de l’Etat français – à donner un ultimatum à Laurent Gbagbo. La France reste-elle tutrice de la Côte-d’Ivoire ? Qu’est-ce qui peut autoriser monsieur Nicolas à parler à un autre Chef d’Etat comme un maître (en bottes et casque colonial) parlerait à son laquais noir ? Cette erreur et cette imprudence dont les ressortissants français vivant en Côte d’Ivoire se sont vigoureusement désolidarisés, des mouvements et associations s’en sont emparées pour déverser leur fiel sur l’ancien colonisateur. (DW)

 

Pour une parole apaisée

Des coups de feu se sont déjà fait entendre, des Ivoiriens sont tombés, des menaces fleurissent ici et là. Quoi que disent les personnes triées sur le volet pour faire croire que tout va bien malgré deux présidents et deux gouvernements pour un peuple, la vie économique commence à claudiquer alors que certaines familles préfèrent quitter le pays pour ne pas être abattues dans la mêlée. Dans le scenario d’obstination qu’offre les deux chefs d’Etat, l’incertitude plane et si les commandos de la mort du camp Gbagbo sont sur le pied de guerre, les éléments des Forces nouvelles eux, ne rêvent que d’envahir le sud du pays. Réputé pour souffler le chaud et le froid, le « général de la rue » Blé Goudé a doublement repris service. En tant ministre et en tant que bras armé du camp Gbagbo. Le milliardaire Blé Goudé a récemment lancé à la face du monde qu’ils affronteront l’ennemi à mains nues. A mains nues ? Les Ivoiriens savent bien que sa milice est autrement plus équipée en armes de toutes natures que la police et la gendarmerie ivoirienne réunies. A l’heure de la recherche de la paix coûte que coûte, faire taire Blé Goudé serait une œuvre salutaire. Lui donner la parole, c’est, selon l’expression d’un anti-Gbagbo « laisser la boîte d’allumette à proximité du bidon d’essence ». Où sont passés les sages africains ? Quelle est la légitimité d’un chef de milice autoproclamé « général » pour parler au nom de la Côte d’Ivoire qui a plus besoin aujourd’hui de pacificateurs que de va-t-en-guerre ? Où est la parole apaisante et médiatrice qui a fait la réputation de nos arbres à palabres ?

Aujourd’hui, d’un côté comme de l’autre, les acteurs de la vie politique ivoirienne jouent avec le destin d’un peuple où les parents démunis, ne savent quel sens donner, ni à leurs propres vies, ni à l’avenir de leurs enfants, ceux-là que la Côte-d’Ivoire ne prépare pas sérieusement à prendre la relève. Quel exemple pour la jeune génération dans l’esprit de qui, les événements actuels, imposent comme modèle, la contestation et la volonté de faire comme on dit au Togo « le tri entre l’eau chaude et l’eau froide » ; autrement dit, entre les bons et les mauvais ivoiriens.

Revenir sur les résultats du 2e tour des présidentielles ivoiriennes, c’est comme prêcher dans le vide, vu l’obstination des deux camps à revendiquer la victoire. Mais, nous avons pensé qu’il serait utile pour la gouverne de nos internautes, d’en reparler, non pas pour choisir un vainqueur, mais pour adosser notre propos au droit.

 

 


FAUT-IL DETRUIRE LA COTE D’IVOIRE POUR MONTRER QU’ON EST GARÇON ?

 


(Spécialisé sur l’Afrique de l’Ouest notamment, Gilles O. Yabi est consultant, analyste politique et chercheur indépendant dans les domaines de l’analyse des conflits, les opérations de maintien de la paix et la gouvernance politique. Dans le cadre de ses missions, il collabore avec diverses organisations internationales, régionales africaines et non gouvernementales et des centres de recherche. De 2004 à 2008, il était analyste politique principal au sein du bureau Afrique de l’Ouest de l’organisation International Crisis Group et était responsable en particulier des missions de recherche et de la rédaction des rapports publiés par cette organisation non gouvernementale de prévention des conflits sur les crises politiques en Côte d’Ivoire et en Guinée. Il a également collaboré à des études sur l’islamisme dans le Sahel et les enjeux de la reconstruction du Liberia et de la Sierra Leone au sortir des conflits armés des années 1990. Gilles Yabi est titulaire d’un doctorat en économie du développement de l’université de Clermont-Ferrand et rédige actuellement un essai politique sur les défis à relever par les nouvelles générations africaines au cours des cinq prochaines décennies).

22 décembre 2010

Pour ceux qui ont suivi les développements de la crise politique et du conflit armé en Côte d’Ivoire sur la longue durée, et ne sont mus ni par une franche antipathie pour l’historien populiste Laurent Gbagbo ni par une sympathie béate pour l’économiste mondain Alassane Ouattara, encore moins par une quelconque perception angélique des Forces nouvelles de Guillaume Soro, l’identité des responsables de l’actuel pourrissement de la situation ne fait aucun doute. Mais ceux qui doivent en être convaincus, ce sont les citoyens ivoiriens qui ont voté pour Gbagbo le 28 novembre dernier, qui continuent à le soutenir aujourd’hui et qui se laissent abuser par les programmes de propagande de la Radiotélévision ivoirienne (RTI). Ces Ivoiriens-là qui constituent une grosse minorité ne méritent ni diabolisation ni mépris condescendant. Il est urgent de les convaincre qu’ils sont en train de creuser la tombe de la Côte d’Ivoire qu’ils aiment tant.


Laurent Gbagbo se croit investi d'une mission divine : sauver la Cote d'Ivoire par le nationalisme irrationnel
Le second tour d’une élection présidentielle préparée pendant cinq ans a été organisé le 28 novembre dernier. Les conditions de la tenue de ce scrutin – notamment la présence de deux forces armées ivoiriennes sur le territoire – n’étaient certes pas idéales mais tous les acteurs politiques ont convenu de solliciter les suffrages de leurs concitoyens dans ces circonstances et sur la base d’une série de compromis imparfaits comme c’est le cas dans tout processus de paix. Sur le plan de l’organisation technique et logistique et des dispositifs visant à garantir la sincérité des résultats, l’élection censée sortir la Côte d’Ivoire de la crise a été l’une des plus crédibles du sous-continent subsaharien.


La certitude de la défaite et du coup de force institutionnel

Le président sortant Laurent Gbagbo en tête à l’issue du premier tour a perdu au second essentiellement parce qu’il a réuni contre lui le Rassemblement des Républicains (RDR) d’Alassane Ouattara outrageusement dominant dans les régions du nord du pays et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Henri Konan Bédié solidement implanté dans les régions du centre et de l’est. On peut disserter à longueur de journée sur l’inconséquence du vote régionaliste et ethnique et estimer que le candidat Gbagbo a été victime du poids démographique relativement faible de son électorat « captif » naturel lié à sa région d’origine et aux solidarités ethniques. Le fait est que les électeurs ivoiriens ont fait chacun un choix et que leurs suffrages agrégés ont donné une nette majorité de 54 pour cent à Alassane Ouattara.

Mais on ne peut balayer du revers de la main les plaintes déposées auprès du Conseil constitutionnel par le candidat donné perdant, Laurent Gbagbo. Faisons l’hypothèse hautement improbable qu’une vaste obstruction des électeurs favorables au président sortant dans sept départements du nord et du centre ait permis à Ouattara d’écraser son adversaire au second tour, comme ce fut déjà le cas au premier. L’article 64 du code électoral ivoirien en vigueur est d’une inattaquable limpidité. Il prescrit l’annulation de l’élection en cas d’irrégularités de grande ampleur susceptibles de modifier le résultat final du scrutin et l’organisation d’une nouvelle élection dans les 45 jours. En aucun cas, il ne permettait au Conseil constitutionnel d’annuler les suffrages de près de 600 000 électeurs, de refaire les calculs et d’inverser sur cette base le résultat final du scrutin. La décision du Conseil constitutionnel était donc grossièrement illégale.

L’argument définitif du camp Gbagbo consiste au fond à asséner que le Conseil constitutionnel parce qu’il est le juge ultime de l’élection présidentielle peut déclarer président qui il veut et n’a de comptes à rendre à personne même lorsqu’il viole outrageusement la loi. Un argument imparable qui a reconduit Laurent Gbagbo à la tête d’une Côte d’Ivoire qui se rapproche dangereusement en cette fin d’année 2010 d’une déliquescence absolue et d’une sale guerre civile, celle qu’acteurs nationaux, régionaux et internationaux pensaient avoir finalement conjurée.


L’efficacité de la diversion nationaliste

Les programmes diffusés par la télévision publique ivoirienne complètement contrôlée par le camp de Laurent Gbagbo depuis le lendemain de l’élection sont aussi ahurissants que redoutablement efficaces auprès d’une large frange d’une population jeune qui n’a connu que le marasme économique, la crise éducative et l’écroulement de tous ses repères depuis une vingtaine d’années. Elle est réceptive au discours des pseudo-intellectuels qui défilent sur les plateaux de la RTI pour leur expliquer que Gbagbo est victime d’un complot international parce qu’il est le seul authentique combattant de l’indépendance politique et économique de la Côte d’Ivoire et l’unique rempart contre le chouchou de « l’étranger », le président élu Alassane Ouattara.

La rhétorique nationaliste porte au-delà des frontières ivoiriennes, et jusque dans les maquis de plusieurs villes d’Afrique de l’ouest et même du centre. Pro et anti-Gbagbo Camerounais se sont violemment affrontés dans des bars de Douala. Comme à Paris où ce sont des Ivoiriens des deux bords politiques qui n’hésitent plus à régler leurs comptes au couteau. Les uns s’insurgent contre la volonté de la France et des grandes puissances d’imposer un président à la Côte d’Ivoire. Les autres rappellent que ce sont les Ivoiriens qui ont majoritairement accordé leurs voix à Ouattara le 28 novembre dernier. Les invités spéciaux de la RTI ont eux depuis longtemps relégué l’élection au second plan. Ils ne parlent que de néocolonialisme, de manque de respect pour les dignes institutions ivoiriennes, de lutte pour l’indépendance totale de l’Afrique et du courage exceptionnel de celui qui l’incarne à leurs yeux, Laurent Gbagbo.

La réalité est plus prosaïque. Un président sortant a perdu une élection avec un score honorable de 45 % et a refusé de l’accepter. Contrairement à un Robert Mugabe au Zimbabwe et à un Mwaï Kibaki au Kenya, le hold-up électoral de Gbagbo a été perpétré dans un pays qui a connu une guerre civile doublée d’une division du territoire et pas seulement une crise politique. C’est pour cela qu’une opération de maintien de la paix est présente en Côte d’Ivoire depuis 2004 et que le chef de cette mission a reçu du Conseil de sécurité un mandat de certification de toutes les étapes du processus électoral. Les partisans de Laurent Gbagbo font semblant de découvrir que l’élection présidentielle de cette année n’était pas une élection normale dans un pays en paix. En trois semaines, la stratégie de tension soigneusement mise en œuvre a radicalement approfondi le fossé d’incompréhension et de méfiance entre sympathisants présumés respectifs de Ouattara et de Gbagbo dans tous les quartiers d’Abidjan et du reste du pays.


L’obsession du suicide


L’odeur de la mort est de retour dans un pays qui était promis au redécollage économique en cas d’élection incontestée d’un président, qu’il s’appelât Gbagbo, Ouattara ou Bédié, suivie d’élections législatives, départementales et locales qui auraient permis de recaser une bonne partie des élites ivoiriennes de tous bords. Est-ce en replongeant son pays dans une crise désormais inextricable que Laurent Gbagbo et son clan favorisent-ils la deuxième indépendance de la Côte d’Ivoire ? Est-ce en reportant de cinq ou dix ans supplémentaires la relance de l’économie du pays et de la région qu’ils œuvrent à la « libération » totale de l’Afrique du joug des puissances étrangères ? Est-ce en faisant prononcer des décisions ridicules par la plus haute juridiction de leur pays qu’ils feront respecter les institutions des États africains souverains par les donneurs de leçons de l’Occident ?
La situation postélectorale de la Côte d’Ivoire est extrêmement grave. La polarisation de la société ivoirienne savamment provoquée et exaltée par les propagandistes des médias publics et le ministre de la « rue » promu ministre de la Jeunesse de Gbagbo rend la perspective d’une « explication finale » plus crédible que jamais. Pour de nombreuses familles, l’heure du deuil a déjà sonné. Faut-il absolument que la Côte d’Ivoire cède à la tentation de la guerre civile totale pour que toutes ses élites politiques et militaires comprennent qu’il n’y a aucune alternative à la coexistence pacifique de toutes ses communautés, au respect du verdict des urnes et à la cogestion des institutions de l’État par les femmes et les hommes de toutes régions et de tous bords politiques.


La stratégie du clan Gbagbo est suicidaire.

Seul contre la CEDEAO, l’Union africaine, l’Union européenne, les États-Unis et capable de refuser de prendre l’appel téléphonique de Barack Obama, Laurent Gbagbo a définitivement prouvé au monde qu’il était « garçon » comme on dit dans les quartiers populaires d’Abidjan. Simone Gbagbo aussi est indubitablement garçon. Chapeau bas. Il est temps de montrer qu’ils sont aussi capables de faire preuve d’humanité et d’empathie pour tous leurs concitoyens, du sud, du nord, de l’est et de l’ouest. Faut-il vraiment plomber l’avenir de millions de personnes, d’un pays et d’une région juste pour gagner une place au panthéon des héros des luttes de libération africaines ?

Une tribune de Gilles Olakounlé Yabi, économiste et analyste politique indépendant. (Sur http://gillesyabi.blogspot.com).

 

LE CONTENU DE L’ARTICLE 64 DU CODE ELECTORAL IVOIRIEN

«Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d'ensemble, il prononce l'annulation de l'élection. La date du nouveau scrutin est fixée par décret en Conseil des ministres sur proposition de la Commission chargée des élections. Le scrutin a lieu au plus tard quarante-cinq jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel ».

Pour une meilleure compréhension de cette controverse juridique, rappelons que l’article 63 stipule : « Le résultat définitif de l'élection du président de la République est proclamé, après examen des réclamations éventuelles, par le Conseil constitutionnel et publié selon la procédure d'urgence. »

 

TIERNO MONENEMBO PREND POSITION

 


(Tierno Monénembo, écrivain guinéen, Prix Renaudot 2008 pour "Le Roi de Kahel" (Seuil)


Pauvre Afrique, hier, on lui imposait ses dictateurs, aujourd'hui, on lui choisit ses "démocrates". Les rappeurs, ces Prévert des nouveaux temps, viennent d'inventer un néologisme qui fait fureur d'un bout à l'autre du continent : la démocrature. Entendez, ce système hybride (le visage de la démocratie, le corps diabolique de la dictature) qui a le don de déchaîner les passions et d'ajouter à la confusion.

Qui a gagné les élections en Côte d'Ivoire, qui les a perdues en Guinée ? Cette question qui a l'air d'embraser l'univers n'a aucun sens dans les faubourgs de Conakry et d'Abidjan où, bon an, mal an, la vie politique n'aura jamais qu'un seul régime, la disette, et une seule loi : "tout ce qui n'est pas obligatoire est interdit", pour reprendre le fameux mot de Léon Campo. Là-bas, on préfère d'expérience les mauvaises élections aux guerres civiles bien réussies. Mieux vaut encore Bokassa et Mobutu que les drames du Liberia ou de la Sierra Leone ! La bête humaine s'habitue à l'enfer du despotisme, certainement pas aux massacres à la rwandaise !

Or, les démons de la violence et de la haine hantent à nouveau la Côte d'Ivoire. Comme en 2000, le pays va se couper en deux, il va brûler comme une paille, plus rien ne peut l'empêcher. La faute à qui ? Au monde entier et d'abord et avant tout à cette fameuse communauté internationale qui n'est jamais mieux dans son rôle que quand elle rallume les incendies qu'elle est censée éteindre.

Formellement, ce "machin" derrière lequel se cachent les grosses griffes des Etats-Unis et de l'Union européenne ne pèse pas plus que le poids d'un arbitre. Son rôle se limite à prévenir les conflits et à proposer une solution négociée lorsque ceux-ci s'avèrent inévitables. Aucune circonstance exceptionnelle ne lui permet de déborder de ce cadre-là. C'est du moins ce que croyaient les néophytes, les sorciers de la diplomatie, eux ne manquant jamais d'arguments pour justifier l'injustifiable.

Disons-le clairement : l'ONU n'a pas à décider qui est élu et qui ne l'est pas à la tête d'un pays (le cas ivoirien compte peu en l'occurrence). Le faisant, elle outrepasse ses droits, ce qui lui arrive de plus en plus. Au point que derrière le langage feutré de ses diplomates, on distingue des bruits de bottes coloniales. A la manière dont Barack Obama, Nicolas Sarkozy ou Ban Ki-moon, traite ce pauvre Laurent Gbagbo, on croit revoir Gosier-d'Oiseau (célèbre personnage du Vieux nègre et la médaille, roman du Camerounais Ferdinand Oyono) transpirer sous son casque en engueulant ses nègres dans une plantation d'Oubangui-Chari.

Nous ne soutenons pas Laurent Gbagbo, nous nous contentons de rappeler un principe. D'ailleurs, le pestiféré d'Abidjan n'a pas besoin de notre soutien : l'arrogance des chancelleries et l'hystérie des médias travaillent pour lui. La diabolisation dont il est l'objet a fini par le rendre sympathique aux yeux de ses pires détracteurs. "A force de jeter une grenouille de plus en plus loin, on finit par la jeter dans une mare", dit un proverbe peul...

Nous ne contestons pas non plus l'élection d'Alassane Ouattara (nous sommes même convaincus que psychologiquement et techniquement, il est mieux outillé que n'importe lequel de ses concurrents pour gouverner). Nous disons simplement que le rôle de la communauté internationale ne revient pas à prendre des positions partisanes et à se répandre en déclarations intempestives encore moins dans une situation aussi explosive que celle de la Côte d'Ivoire. Pourquoi le défi et la menace du canon là où la discrétion, la ruse, la prudence et le tact bref, l'art de la diplomatie, auraient suffi ?

Nous n'allons pas apprendre à des géopoliticiens de métier que la Côte d'Ivoire est la pierre angulaire de la sous-région et que, si elle sombre, elle risque d'entraîner ses voisins, alors que la Guinée tente une périlleuse expérience démocratique et qu’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a déjà ses sanctuaires au Burkina Faso et au Mali. La situation paraît d'autant inquiétante qu'il plane sur la région un "non-dit" tribal lourd de menaces pour l'avenir : tout sauf un Dioula au pouvoir à Abidjan ; tout sauf un Peul au pouvoir à Conakry.

La Côte d'Ivoire mérite-t-elle de brûler pour les besoins des statistiques ou pour les beaux yeux de Laurent Gbagbo ou d'Alassane Ouattara ? Non, assurément non !

Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, où est la différence ? Ils forment le trio maléfique qui a ruiné le pays d'Houphouët-Boigny. A Bédié, le poison de l'ivoirité, à Ouattara, celui de la sécession, à Gbagbo celui de la confiscation du pouvoir. Chacun de ces caïds a montré combien il était prêt à sacrifier sa patrie au profit de son pouvoir personnel. De ce point de vue, ils n'ont rien d'exceptionnel.

La quasi-totalité des chefs d'Etat africains sont au pouvoir à la suite d'un putsch sanglant ou d'une élection truquée. Une loi non écrite permet à chacun de tuer, de voler et de tricher pour arriver au pouvoir. La nouveauté, ce sont les "scrupules" avec lesquels les grands de ce monde regardent cela. Congo, Rwanda, Somalie, jusqu'ici ils ont encouragé les trucages électoraux et les putschs et fermé les yeux sur les pires atrocités au gré de leurs intérêts. Et voilà que ces messieurs sont soudain pris d'un excès d'états d'âme !

Eh bien, s'ils sont devenus aussi vertueux qu'ils le prétendent, pourquoi ne vont-ils pas fouiller dans les cuisines électorales du Burkina, de la Tunisie ou de l'Egypte ? Sont-ils sûrs que les dynasties présidentielles du Gabon et du Togo sont sorties de la vérité des urnes ? Se seraient-ils comportés ainsi s'il s'était agi de l'Iran, de la Birmanie ou de la Chine ?

Ce raffut fait autour de Ouattara est tel qu'il en devient suspect. Que veut sauver la communauté internationale, à la fin : la Côte d'Ivoire ou un de ses protégés ? Ouattara et Gbagbo sont les loups-jumeaux de la politique ivoirienne : même teint, même sourire carnassier, même poids électoral (l'un contrôlant la Commission électorale et l'autre le Conseil constitutionnel). Il y a cependant entre eux une différence de taille : le carnet d'adresses. Dans le monde mesquin et corrompu qui est le nôtre, plus besoin de formule magique, ce joujou-là suffit à ouvrir les plus secrets des sésames.
Ancien directeur adjoint du Fonds monétaire international (FMI), Ouattara se trouve au coeur du complexe réseau qui gouverne ce monde alors que, modeste professeur d'histoire, Gbagbo, hormis un bref exil à Paris, n'est jamais sorti de chez lui. Ce petit détail-là explique mieux que tout (les longs couplets sur la démocratie par exemple) pourquoi une simple élection africaine a pris une dimension mondiale. Le village global est bel et bien là : la planète des copains et des coquins ! Et ses lois s'appliquent partout aussi bien en Côte d'Ivoire que dans la Guinée voisine où, Alpha Condé, le président "élu" est un ami des présidents africains et un vieil habitué des ministères parisiens.

"Je ne me vois pas échouer à cette élection"
, affirma le nouveau président guinéen au lendemain du premier tour alors qu'il accusait un retard de près de 25 points sur son concurrent. Il ne croyait pas si bien dire : l'élection fut prolongée de cinq mois, le temps sans doute que le "bon" candidat soit prêt avec à la clé, l'incendie de la Commission nationale électorale indépendante, les vols du fichier informatique, le tout suivi d'un véritable nettoyage ethnique. Il n'y eut aucune enquête et ces sourcilleux jurés de la communauté internationale n'y trouvèrent rien à redire. Comme pour confirmer ce que tout le monde savait déjà : pour être élu en Afrique, pas besoin de mouiller la chemise. Avec un peu de chance et quelques copains bien placés à l'ONU, à la Maison Blanche, à l'Elysée ou au Quai d'Orsay, vous êtes sûr de passer même à 18 %.

 

 

LA SOLUTION ?
Par Me Luc Martin HOUNKANRIN

 

C’est assez osé, voire même prétentieux de brandir aujourd’hui une solution à la crise ivoirienne, car tellement les intérêts sont énormes et divergents ; la passion totalement à son comble, la haine profonde et teigneuse … et pourtant il faut que la paix, dangereusement menacée en Côte d’Ivoire, dans la sous région, voire même dans toute l’Afrique, revienne au travers d’une solution à la crise. Le problème est africain et ne peut trouver sa solution que dans le génie, la sagesse, la culture et les valeurs africaines.
Dans l’impasse où se trouvent les protagonistes de la crise ivoirienne, aucune issue juridique, constitutionnelle n’est possible en l’état, à part la reconnaissance et l’acceptation de la décision du Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire ; mais puisque cette décision a conduit à la situation que tout le monde sait aujourd’hui, il ne reste qu’une seule piste de solution à savoir le règlement politique de la crise ivoirienne.
En effet, les données historiques, culturelles, géographiques, psychologiques, économiques et politiques, depuis l’indépendance de la Côte d’Ivoire à ce jour, ont produit, au jour d’aujourd’hui, trois grands leaders politiques dominant la vie de ce pays, de sorte qu’aucun d’entre les trois ne peut être exclu du jeu politique (violement ou non) si l’on veut la paix en Côte d’Ivoire. Il s’agit des Présidents : Henri Konan BEDIE, Laurent GBAGBO et Allassane Dramane OUATTARA.
Les déclarations ou les prises de position de l’un ou de l’autre sont des facteurs déterminants de l’équilibre socio économique et politique de la Côte d’Ivoire. Fondamentalement, toutes les forces politiques de la Côte d’Ivoire se retrouvent concentrées autour de ces trois personnalités dont il faut reconnaitre indiscutablement, la notoriété et l’autorité.
La situation politique de la Côte d’Ivoire ne permet plus aujourd’hui d’exalter la démocratie dans ses principes et dans ses exigences d’autant plus que les règles du jeu démocratique n’ont plus de prise et ne peuvent plus objectivement être respectées dans ce contexte de nation brisée, de pays en guerre et de fraternité à rudes épreuves.
En tout état de cause, sans vouloir rentrer dans des analyses plus pointues qui ne peuvent pas se faire que dans le cadre de cette modeste opinion, la Côte d’Ivoire a besoin d’ouvrir une période de transition qui lui permettra de recoller les morceaux cassés, de réduire les fractures sociales, de préparer une nouvelle génération de politiciens capables de succéder aux trois précédents dans les cinq années à venir. Ainsi, en attendant d’ouvrir une période de retraite politique aux anciens leaders, ces derniers (cités plus haut) sont tenus de dialoguer pour se faire des concessions et arriver à un compromis accepté de toute la communauté internationale. Ainsi, il est possible qu’un partage de pouvoir soit le fil conducteur de ce dialogue politique exclusivement ivoirien d’abord.
De notre point de vue, le relèvement de la Côte d’Ivoire passe par un gouvernement d’union nationale fait de compétences avérées et conduit par Alassane Dramane OUATTARA en qualité de chef du gouvernement. L’Assemblée Nationale, haut lieu de la politique, peut être confiée au Président Henri Konan BEDIE, qui en a les compétences et les ressources politiques ; enfin, la présidence de la République gardée par le Président Laurent GBAGBO, sans qu’il soit possible de modifier ces positions pendant les cinq prochaines années. Si les trois hommes politiques les plus importants de la Côte d’Ivoire peuvent se parler et parvenir à un accord sur ce qui vient d’être dit, nous sommes persuadés que la Côte d’Ivoire peut retrouver miraculeusement la paix et amorcer sa reconstruction et son développement dans la sécurité. Cela ramènera la quiétude recherchée dans toutes les communautés africaines à l’intérieur comme à l’extérieur de la Côte d’Ivoire.
De toutes les manières, le dialogue et la réconciliation au niveau de ces trois grands leaders ivoiriens s’avèrent d’abord, un préalable nécessaire pour dégeler la situation. La guerre n’est pas la solution et ne sera jamais la solution, puisque si elle arrivait, elle prendrait fin un jour qu’on ne sait pas, par le dialogue. C’est pourquoi Napoléon BONAPARTE disait : « En guerre comme en Amour, pour en finir, il faut se voir de près » Cette assertion est très juste. Pourquoi donc faire une guerre avant de se voir de près ?
Ce que nous proposons comme solution n’est qu’une approche, mais une approche réaliste et pragmatique, fort politique correspondant à la réalité actuelle de la Côte d’Ivoire. Aucune solution militaire, aucune sanction économique, diplomatique, etc., de longue durée ne peut apporter la paix et le bonheur aux peuples ivoiriens et africains. La recherche d’une voie pacifique est donc une nécessité absolue dans l’intérêt des Africains et de la communauté internationale. N’oublions pas que la question centrale qui est la source de la crise en Côte d’Ivoire comme dans beaucoup d’autres pays africains, est la question de la conquête du pouvoir et de sa gestion.
La résolution de cette question doit faire l’objet d’une considération particulière pour l’Afrique, tout au moins au Sud du Sahara. A cet égard, la communauté internationale, réunie au sein de l’ONU (Organisation des Nations Unies) peut aider l’Afrique en demandant aux pays africains qui veulent vraiment s’inscrire dans la culture démocratique de faire en sorte à prévoir dans leur constitution, désormais un mandat présidentiel Unique de cinq ans, assorti d’une rotation à la présidence, laquelle rotation tiendrait grand compte des réalités intrinsèques de chaque pays. Cette vision permettra à l’Afrique d’accélérer l’approfondissement de sa culture démocratique, en même temps que son développement réel. Cette orientation peut dans l’avenir devenir un facteur déterminant dans les relations internationales publiques.
La situation de la Côte d’Ivoire doit être un déclic pour les pays africains et la communauté internationale ; le déclic d’une nouvelle approche de la démocratie en Afrique.