AFRICA NEWS

(Par Dave Wilson)
18/07/2010
La muraille verte
Pour satisfaire leurs besoins en énergie, de gros projets solaires se bousculent sur les bords de la Méditerranée entre La Tunisie, l’Algérie et le Maroc.
Ces projets ne sont rien, comparés au projet énergétique mastodonte du Grand Inga qui, avec une capacité de production d’électricité de 39.000 mégawatts, permettra d’alimenter toute la sous-région. Inga est située à 250 km au sud de Kinshasa.
Parmi les grands projets, on peut également citer ceux du métropolitain à Alger, Le Caire et Tripoli
En raison de la poussée démographique et de la congestion de la population dans les zones urbaines, des projets autoroutiers et ferroviaires se multiplient. Il y a, par exemple, le projet ligne à grande vitesse Dakar – Niamey, Dakar – Abidjan (par Bamako et Ouagadougou et Lomé), Kinshasa – Ndjamena (par Brazzaville et Yaoundé avec déviation vers Bangui).
Récemment réunis à Ndjamena au Tchad, 11 pays africains viennent de discuter de l’opportunité de lancer un autre projet titanesque à l’échelle du continent. Il s’agit de construire, du Sénégal à Djibouti, dans la Corne de l’Afrique, une ligne de plantations destinées à stopper l’’inquiétante avancée du désert. Cette muraille verte passera donc au Sénégal, en Mauritanie, au Mali, au Burkina-Faso, au Niger, au Nigeria, au Tchad, au Soudan, en Erythrée, en Ethiopie et à Djibouti.
On ne sait pas encore combien coûtera ce projet, mais le fonds pour l’Environnement mondial a déjà promis près de 100 millions d’euros pour la réalisation de ce rempart vert qu’ Abdoulaye Wade du Sénégal est le grand défenseur.
Les émules de Madhof au Bénin

Connaissez-vous l’italo-américain Charles Ponzi ? Sûrement pas. Dans les années 20, cet homme est rentré dans l’histoire pour avoir roulé dans la farine, des dizaines de milliers de crédules. En utilisant des coupons-réponses internationaux, il promettait aux clients de son entreprise, la Security Exchange Company, des taux de rendements qui n’avaient rien à voir avec ceux du marché. Les intérêts promis aux anciens clients sur la valeur des coupons-réponses, étaient payés par les valeurs des nouveaux
Charles Ponzi
déposants. En très peu de temps, Charles Ponzi ramassa des dizaines de millions de dollars. A force de payer des taux mirobolants, il arrive un moment où il n’y eut plus assez de cash pour satisfaire la clientèle. Charles Ponzi fut arrêté et jeté en prison. Il mourut misérable.
Plus près de nous, l’Américain Bernard Madoff, l’homme qui faillit mettre l’économie mondiale à terre, fit exactement comme son maître à penser Charles Ponzi.

Bernard Madoff
150 ans de prison
Considéré comme un investisseur exceptionnel et un financier de génie, ce Bernard Madoff – fidèle à la Pyramide de Ponzi – promettait des taux de rendement de 10 pour cent l’an là où les banques et les organismes de crédit dépassaient rarement les 4 pour cent. Charles Ponzi avait créé la Security Exchange Company. L’Américain va lui, monter la Madoff Investment Securities. Ce fut la ruée vers le Fonds Madoff qui va engranger en quelques années, des centaines de milliards de dollars. L’homme devient si puissant qu’il va prendre la tête du Nasdaq, la bourse électronique des Etats-Unis. Même les grandes banques frappent à sa porte. Bernard Madoff qui est riche et adulé va aider financièrement plusieurs projets de recherche contre certaines maladies. Le 12 décembre 2008, Le FBI (Féderal Bureau of Investigation) arrête Madoff. La supercherie est découverte. Des pleurs, des grincements de dents, des plaintes et de suicides n’y feront rien. Des crédules assoiffés de gains faciles ont perdu leurs sous.
En 2007, un an avant l’arrestation de Bernard Madoff, des esprits éclairés font exactement comme Madoff au Bénin. Ils créent, dans un pays francophone, ICC (Investment Consultancy & Computering Services. C’est ronflant, anglo-saxon et forcément crédible. ICC multiplie les agences à travers le pays et racole à tout va. Appâtés par des taux hors du commun, les clients affluent par centaines pour des taux invraisemblables de 100 à 150 pour cent. Vous déposez 10 millions cfa et

vous ramassez deux fois et demi cette au bout d’un an. Certains trésorier ou comptables puisent dans la caisse pour placer les sommes chez ICC-Services. D’autres vont jusqu’à contracter des prêts auprès des banques de la place pour placer l’argent cjez ICC qui fait désormais partie du paysage. Les gens ont confiance et la corruption des bat son plein. Un responsable d’ICC bénéficie d’un permit de port d’arme pendant que la structure – là la façon Madoff, distribue des cadeaux aux
Emile Tégbénou,
un des responsables
de ICC-Services :
il a absolument tout déballé
associations, aux prisonniers, comme ce fut le cas en août 2009. Au nom de son projet « Bonheur pour tous », le directeur d’ICC, Guy Aklogan, remettait (ainsi que le rapporte Fraternité-Info.com), pour 8 millions de francs de produits alimentaires aux détenus de la prison civile de Cotonou.
Entre arrestations et confiscation des biens, ICC-Services est désormais en pleine déconfiture et certains de ses responsables, en fuite. Leurs biens sont saisis et serviront à rembourser les clients.
Ce n’est pas la première fois que les Béninois sont ainsi grugés. Soit, ils ne sont pas informés (alors que les informations sont données dans près de vingt langues nationales dans le pays), soit ils ont la mémoire courte. En effet, un cas similaire eut lieu en 2007 dans le pays. Pour preuve, ce courrier qui circula un peu partout dans le monde et atterrit dans ma boîte électronique :
> Objet : Recherchons pour Escroquerie des pauvres béninoises et
béninois
>
> je vous transfert ce message reçu d'un ami.
> A toutes fins utiles.
> ---------------------------------------------
> Bonjour chers (es)amis (es), et parents >
> Je suis à la recherche de ces deux personnes dont j'ai joint les photos : > ODOULAMI Juste Profession : Informaticien
> et de sa fiancée > ODOU Maryam Profession : Technicien en marketing >
> et qui sont actuellement en europe probablement en france d'après les dernières informations, ils sont en fuite depuis la mi janvier 2007 et sont parvenus à sortir du bénin par l'aéroport de cotonou entre le 15 mars et le 15 avril 2007, ils sont responsable d'un détournement et d'une escroquerie à grande échelle et sont partis avec plus de 60.000.000
(soixante millions) de francs CFA,
> En effet, ils ont ouvert une agence dénommé FOCAD, "Fond Chrétien Aide au Développement" sise à cotonou Akpakpa quartier midombo dans l'immeuble ODOULAMI, et ils proposaient des produits tels que PEP1 (Plan Epargne Prêt) pour obtenir une moto de votre choix après 4 mois de
côtisation chez eux et en remboursant ce prêt qui vous a été accordé pour acheter votre moto sur 21 mois, et leur second produit appelé PEP2 qui consistait à placer 525.000fCFA pour obtenir à la fin de chaque mois et sur 6 mois un interêt de 43.750 avant que ne vous soit reversé votre capital placé intégralement au bout des 6 mois.
>
> Beaucoup de béninois, pauvres, nécessiteux venant des couches les plus défavorisées ont souscrit à leur différents produits pour sortir de la misère et de la pauvreté, de la précarité, d'autres ayant souscrit avec de l'argent passé chez un parent, un ami ou une autre institution financière. Mais malheureusement, ce couple à choisi de prendre la clé des
champ une fois les poches pleines et au moment de commencer par honorer leur engagement vis à vis des clients qui ont honoré le leur. Voilà donc en résumé notre histoire triste et triste.
>
> Nous prions toute personne susceptible de nous fournir des
renseignements sur ce couple de bien vouloir écrire à l'adresse suivante :
Cet adresse mail est protégé contre les spambots. Vous avez d'activer le javascript pour la visualiser.
>
> MERCI DE TRANSFERER CE MAIL A TOUS VOS CONTACTS, et si vous avez des amis policiers transmettez les leur signalement.>
> > Nous sommes plus de 3000 personnes victimes de cette escroquerie.
Là, il y avait 3000 victimes alors qu’avec ICC, en attendant les chiffres définitifs, on avance un nombre allant de 500.000 à I million de personnes pour près de 100

milliards de francs grugés. Dans cette affaire, le procureur Général, Georges Constant Amoussou et le ministre de l’intérieur, Armand Zinzindohoué ont été démis de leurs fonction par la Présidence de la République qui entend nettoyer à fond, les écuries du placement d’argent au Bénin.
Au-delà des inquiétudes suscitées par cette rocambolesque et tragique affaire, des Béninois éberlués ont posé des questions de fond. Celle du bâtonnier Jacques Migan résume, à mon avis, l’ensemble de ces questionnements. Comment, s’interrogeait-t-il le 16 juillet dans les colonnes de la Nouvelle Expression, une société sans agrément a-t-elle pu mobiliser plus de 100 milliards de F CFA dans une économie pauvre et fiscale ? Une autre question qui finira bien par s’imposer : est-ce à la présidence de la République de faire la justice dans un pays démocratique ?
Un bon baillon pour les confrères sénégalais
Polémique au Sénégal autour du projet du futur Code de la presse dont certains articles sont jugés agressifs vis-à-vis des journalistes. Leur crainte, c’est de devoir fermer boutique en raison du caractère répressif du texte concocté par le « comité scientifique de concertation nationale ». L’article 269 de ce code dispose que «tout professionnel de la communication sociale qui aura publié, diffusé, divulgué ou reproduit, par l’un des moyens de communication énoncés dans le présent code, de fausses nouvelles, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers, sera sanctionné d’une amende de 10 millions à 30 millions de francs Cfa lorsque la publication, la diffusion, la divulgation, la reproduction, faite ou non de mauvaise foi, aura entraîné la désobéissance aux lois du pays ou porté atteinte au moral de la population, ou jeté le discrédit sur les institutions publiques ou leur fonctionnement. Les mêmes peines seront également encourues lors¬que cette publication, diffusion, di¬vulgation ou reproduction aura été susceptible d’entraîner les mêmes conséquences». Plus loin encore, cet article mentionne aussi que «les auteurs pourront être frappés d’interdiction de séjour pendant cinq ans au plus». Mais, ce n’est pas tout puis que le fameux texte poursuit allègrement dans l’u n des alinéas de l’article 245: «Toute personne atteinte dans son honneur, sa dignité, sa considération ou sa vie privée peut, conformément à la procédure prévue à l’alinéa (1) du présent article et sans préjudice des poursuites judiciaires, soit requérir la saisie de l’organe de presse con¬cerné par le juge du Tribunal régional (…), soit requérir par assignation en référé, le retrait de la circulation de l’organe de presse concerné». Autrement dit, le premier quidam venu peut, par juge interposé, faire saisir un organe de presse et mettre sa vie en danger. Si ce quidam est un fonctionnaire corrompu, un industriel corrupteur, un politicien véreux, un policier brutal, il faudra éviter d’en parler... On a du mal à reconnaître le Sénégal qui a toujours été une terre de démocratie et de liberté d’expression. A suivre.
Pour un avenir meilleur au Congo
On a souvent reproché aux dirigeants des Etats africains d’improvisation, de diriger leurs pays au petit bonheur la chance. Là, le Congo, avec VISION 2025 apporte la preuve qu’il veut dresser un plan de développement pour les quinze années à venir. Les préparatifs visant à la mise en place de cette vision nécessiteront la mobilisation d’une somme de 672.007.975 francs CFA (un peu plus d’un million d’euros). Ce financement permettra d’acquérir – avec l’aide de l’Institut des Futurs Africains – les services et équipements nécessaires à la conduite scientifique de l’étude. Selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement qui est partenaire de VISION 2025 à hauteur de 53.198.100 francs CFA), il s’agira «d’identifier les futurs possibles du pays à l’horizon 2025, de fournir un cadre de référence pour l’élaboration des stratégies à long, court et moyen termes; de faciliter la réalisation d’un consensus social sur le futur désiré par la société, de réaliser un développement durable tenant compte de tous les paramètres qui agissent sur le système que constitue le pays, de cristalliser les forces vives de la nation autour du futur désiré». L’Etat congolais apporte la somme de 618.809.875 francs CFA. Effort louable.
Ne pas confondre VISION 2025 (qui se prépare à Brazzaville) avec VISION 2025 de la communauté métropolitaine de Montréal au Canada
La force des listes
L’émergence des groupes d’opposition aux régimes en place dans les pays africains n’empêche pas le bourrage des urnes et les fraudes électorales grossières. Elle contribue à les freiner, sinon à les rendre moins faciles que dans le passé. En une dizaine d’années, on est passé des vieilles techniques qui ont fait leurs preuves (votes multiples, séquestration des urnes, escouades de votants venus des pays voisins, démultiplication affolante des procurations, vote de citoyens décédés, comptages tronqués dans certains bureaux de vote…) à un enjeu désormais capital ; celui des listes électorales. Deux pays sont actuellement confrontés à la confection de cette liste qui fait l’objet d’interminables tiraillements politiques. Au Bénin comme en Côte d’Ivoire, on a saisi toute l’importance que pourrait avoir une « bonne » liste sur le résultat des présidentielles. En effet, si le candidat qui souhaite rempiler ne dispose pas d’une bonne base démographique, il militera pour une liste électorale dégonflée qui ne favorise pas trop son ou ses adversaires. On se souvient de la controverse qui a conduit le pouvoir ivoirien et différents protagonistes à exclure de la liste définitive, 429.000 inscrits dont, Beugré Mambé, membre du PDCI (opposition) et responsable de la CEI (Commission électorale indépendante), n’a pas su expliquer la présence.
Au Bénin où se profile déjà la rude bataille des présidentielles de 2011, la LEPI (liste électorale permanente informatisée) est l’objet de toutes sortes d’attaques. Nous en avons retenu deux. C’est l’éternel pourfendeur et député Janvier Yahouedehou qui déclarait récemment : « des choses pas forcément saines se trame autour de la Lépi ». Et de donner quelques chiffres surprenants d’une localité à l’autre. Quand à Epiphane Quenum, député lui aussi et ancien Superviseur de la Csp-Lépi (Commission Politique de Supervision-Lépi), il n’y était pas allé avec le dos de la langue : « Je voudrais que les gens ne cassent pas la baraque parce que si je parle, on va arrêter la Lépi (…) et les gens iront en prison ».
La dénonciation quotidienne des « magouilles » autour de la LEPI, n’enlève rien à l’importance d’une liste par ailleurs plébiscitée. Nombre d’acteurs de la société civile et des associations (Wanep-Bénin Rifonga, Social Watch, Espace et vie, Hunger Free World Benin, Africa Obota…) sont largement en faveur de cette LEPI sans laquelle, disent-ils, il n’y aura pas d’élections. Avant de gagner dans les urnes, il faut gagner le combat des listes, qu’elles soient définitives, permanentes, uniques ou provisoires comme elles sont baptisées ici et là. Et ce qui est reproché au Chef de l’Etat béninois, donc au pouvoir en place, c’est sa volonté de couler la LEPI dans le moule de son choix. Propos du député Walis Zoumarou du groupe de l’opposition dénommé G13 : « ce qui est sûr, ce n’est pas de ce type d’instrument que veut le chef de l’Etat, il veut un outil à sa dévotion ».
Plus rien ne se faisant en vase clos et la mondialisation détestant les zones de turbulence, les observateurs internationaux veillent au grain et souhaite partout, des élections sécurisées, transparentes et apaisées. La mise sous haute surveillance du matériel électoral et des personnes chargées de son fonctionnement impose des listes claires, précieux outils de ces processus électoraux qui, bien menés, donnent tout son sens à la démocratie.


