EDITO

Où en est la Charte ?

Où   en   est   la Charte de la diversité en cette fin d’année 2011 ? De l’avis  unanime de ceux qui  suivent   l’évolution de  ce  contrat social pour la diversité   en   entreprise,  le bilan  –  six    ans   après  sa création  –  est  plutôt mitigé. Dans   quelle   mesure   les entreprises signataires (dont un  certain  nombre  dans  le Nord-Pas-de-Calais) ont-elles    effectivement      lutté contre les discriminations ? Quelles places ont été faites aux séniors, aux handicapés, aux femmes,   aux   minorités visibles,  aux   jeunes   dans leurs entreprises ?
Sur    les   deux    dernières années,   32 %   des entreprises   signataires  ont honoré  leurs  signatures  en 2011 contre 24 % seulement en 2010. Si monsieur Claude Bébéar,    l’ancien   président d’AXA   et  co-fondateur de la Charte  n’est pas  totalement satisfait  de   cette   avancée, c’est parce que, sans nier les progrès intervenus depuis sa création, il   voit  trottiner une locomotive à la place du TGV dont   il   avait  rêvé en 2005.
Si      ces     entreprises communiquent largement sur la signature    de    la Charte, c’est par contre silence radio sur   les   actions   concrètes découlant de leurs engagements.    La   récente parution   du   livre   de   Kag Sanoussi,  secrétaire général de   la  Charte de la diversité (« Le réflexe Sapiens ») nous    permettra   de revenir bientôt   et   largement  sur la question.

Dave Wilson (Novembre 2011)


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Monsieur Razak Oba
La vérité du terrain


On dit souvent qu’un voyage ne ressemble jamais à un autre. Celui que vous venez d’effectuer au Bénin ressemble-t-il au précédent ?


J’essaye de partir au Bénin tous les ans histoire de ne pas être déconnecté des réalités de mon cher pays dont le développement est toujours ma priorité. Comme d’habitude, j’ai fait coup double puisqu’on ne peut aller au pays sans consacrer quelques jours à la famille. J’ai pu aussi assurer une mission d’Adt-Sud auprès de certaines communes. Là où aucun voyage ne ressemble à aucun autre, c’est au niveau des rencontres qu’on fait. Chaque nouvelle rencontre, c’est presque toujours un nouveau contact, un nouveau discours, une nouvelle vision d’un sujet commun, celui du développement.


Dans vos statuts, vous souhaitez « agir pour le développement des territoires du sud ». Ce voyage vous a-t-il donné l’occasion d’être en action ?


Evidemment notre démarche pour cette mission ; c’est d’aller sur le terrain constater ; rencontrer ; discuter avec les acteurs sociaux et les élus des communes afin de cerner les secteurs prioritaires d’actions. C’est ce que nous avons appelé diagnostic territorial.


La cible première de l’association Adt-Sud, c’est avant tout les communes. Or, travailler avec une commune aujourd’hui c’est passer d’abord par le maire. Les maires vous ont-ils paru accessibles ?


Le développement des territoires du sud passera par des actions à la base d’où notre cible est bel et bien les communes à travers le maire et son conseil communal. Les quelques maires approchés ont été très enthousiastes par rapport à notre démarche. J’en profite pour vous rappeler qu’aujourd’hui, les 77 communes du Bénin sont dotées d’un plan de route, c’est le PDC, Plan de développement communal qui présente les orientations stratégiques de développement de la commune. Ce document nous permettra de bien cibler les secteurs prioritaires pour agir efficacement. Je dois cependant souligner que chez moi en Afrique, les choses ne se passent pas comme en Occident où tout est calé et carré. Raison pour laquelle je déplore ici, la nonchalance des décideurs et cette lourdeur administrative qui vous font aller et revenir.


Aviez-vous également rencontré les autorités politiques, des acteurs économiques, des responsables de projets, soit à titre privé, soit officiellement ? Comment un membre de la diaspora béninoise comme vous apprécie-t-il l’accueil qui est fait aux Béninois de l’étranger par les Béninois de l’intérieur ?


J’ai eu l’occasion de rencontrer des autorités politiques pour leur présenter nos actions en direction des territoires du sud ; je préfère ne pas citer de noms, car j’ai souvent été reçu à titre privé par la haute hiérarchie. J’ai également rencontré des acteurs de la vie économique pour des échanges dans le domaine des opportunités d’affaires. Des porteurs de projets aussi m’ont contacté après avoir lu et écouté mes propos dans les médias. Au Bénin, j’ai été plus que séduit par l’implication de la jeunesse dans le développement de notre pays. Il y a une telle envie de faire, de s’impliquer dans des projets qui foisonnent, mais faute de moyens elle est impuissante, cette jeunesse. Des partenariats s’imposent pour une mutualisation des actions.



D’une façon générale, comment la diaspora est-elle perçue aujourd’hui au Bénin par l’homme de la rue ? Tant dans ses discours et ses actions ?


La diaspora est perçue comme le messie pour l’homme de la rue. J’ai essayé d’expliquer à certaines personnes que rien n’est facile et qu’il faut absolument se battre pour prendre son destin en main par le travail. Souvent, ce discours est,

     En compagnie de l'artiste peintre BIMO à Cotonou

soit mal entendu, soit mal perçu. Certains pensent que c’est pour les botter en touche qu’on tient un tel langage. D’autres n’écoutent même pas dans la mesure où ils étaient inscrits dans un schéma mental consistant à être aidé tout de suite et sans tarder. Or, rien n’est simple, ni pour ceux de nos frères restés au pays, ni pour nous qui sommes à l’étranger où nous devons travailler deux fois plus durement que d’autres pour mériter ce qu’on a. Non, le Béninois qui revient de Paris, New-York ou Amsterdam n’a pas les poches pleines. Chaque voyage est un énorme sacrifice qui se paie lourdement au retour en Occident, car il faudra se remettre illico au travail.


Le Bénin, comme beaucoup d’autres pays africains de l’Afrique au sud du Sahara, traversent socialement, politiquement et économiquement, des moments cruciaux. Cette effervescence vous a-t-elle laissé le sentiment, qu’après tout, les acteurs économiques, les jeunes, les femmes travaillent dans le sens du développement de leur pays ?


Le Bénin bouge ; les hommes et des femmes entreprennent et sont soucieux du développement du pays. Néanmoins il faudra s’approprier une culture de l’intérêt général à tous les niveaux. Si je devais développer le sujet, je vous parlerai des maux qui minent notre société, de la corruption aux détournements de toutes sortes sans oublier l’image que laisse le débat politique acharné dans l’esprit d’une jeunesse qui en arrive même à penser que pour réussir dans la vie, le chemin le plus facile, c’est de se lancer en politique pour être député, chef de parti ou ministre. Malgré tout, le pays est en effervescence les Béninois ont – me semble-t-il – définitivement intégré l’idée selon laquelle, il faut monter son business et faire quelque chose de ses dix doigts au lieu d’attendre un poste dans l’administration publique.

 


Razak Oba en compagnie des agriculteurs d’une ferme dans les environs de GLO-DJIGBE au Bénin….

Cela fait des décennies que la diaspora béninoise parle de contribution au développement du pays. Elle rencontre des ministres, des directeurs de cabinet, soumet des projets qui sont souvent sans suite. Ses responsables sont reçus par les Chefs de l’Etat. Pourtant, la plupart des projets demeurent sans suite. Où se situe le ou les freins qui empêchent de passer de l’idée à la réalisation ?


Je me sens concerné par votre question puisque ce n’est pas la première fois que je rencontre des autorités. Je n’ai franchement pas le sentiment que ce que les responsables politiques nous disent, manque de sincérité. Le Béninois, à quelque niveau qu’il se trouve, aime profondément son pays. Comme vous le dites, le problème, c’est dans le suivi. Moi, j’ai un slogan qui guide mon attitude en toute circonstance : l’action dans la réactivité. Cela signifie quoi ? Qu’il faut savoir réagir à un courrier, faire appeler la secrétaire, suivre un dossier jusqu’à son terme, répondre à un mail ou à un sms. L’absence de ce qui apparaît pour certains comme des détails, peut faire avancer ou tuer un projet. Le projet, ce n’est pas seulement l’argent, c’est l’accueil fait au dit projet, c’est l’engagement citoyen de l’environnement humain qui ne doit jamais perdre de vue qu’un projet ramené au Bénin, c’est un, deux ou plusieurs emplois. Il va falloir faire un jour, le compte des centaines de projets intéressants qui ont dû quitter notre pays parce qu’on a mis résolument des bâtons dans les roues à ceux qui les ont apportés pour participer au développement de leur pays. Notre diaspora regorge d’énormes potentiels dans tous les domaines. Chacun de son côté participe d’une manière ou d’une autre au développement du pays. Beaucoup d’associations humanitaires apportent leur soutien aux populations locales. Face à certaines pesanteurs, la diaspora a besoin de se structurer sur des projets de grande envergure avec des apports personnels pour pouvoir peser sur certaines décisions au Bénin.


Qu’est-ce qui peut rendre la diaspora crédible, étant donné qu’on lui prête d’énormes moyens ? Que doit-elle faire pour exister vraiment ? Avoir des députés au Parlement ? Disposer d’un ministère de la diaspora et des projets ? Construire une école de la diaspora ? Un hôpital et que sais-je encore ?


La crédibilité de la diaspora passera par des actions concrètes sur le terrain ; toutes ces idées sont bonnes et je pense qu’il faudra les soumettre aux autorités du pays et organiser une grande rencontre que je peux appeler la « Conférence nationale de la diaspora pour le développement du Bénin ». Ensemble nous pouvons faire de grandes choses pour notre pays. D’aucuns pensent au Bénin que la diaspora parle trop mais n’agit pas.


Quels sont les projets sur lesquels votre association travaille actuellement ?


Nous souhaitons agir dans le domaine de l’éducation surtout les NTIC ; un partenariat avec certains collèges du bénin pour l’implantation des modules de classes réservé exclusivement à l’initiation informatique. Des moniteurs sont prévus et un service de maintenance sur place dans l’optique de la création d’emplois locaux. Dans le cadre du tourisme solidaire et des échanges culturels nous comptons mettre en place des voyages de groupes (collégiens ; lycéens et touristes). La santé est une priorité pour nous et nous essayerons de réfléchir à des projets pour les territoires du sud. Dans le domaine agricole il faudra trouver des moyens de valoriser nos ressources naturelles ; créer des usines de fabrication et de transformation de produits destinés à l’exportation. Il en existe de plus en plus, mais plus il y en aura, mieux çà ira pour notre économie et pour les statistiques de l’emploi. Un projet important en direction des jeunes filles et des femmes sont en cours d’élaboration


Adt-Sud a-t-elle les moyens de ses ambitions ?


Nous avons besoin de bonnes volontés ici et là-bas pour nous soutenir. Nous sommes motivés pour y arriver. Des partenariats sont en cours et nous croyons que c’est ensemble que nous pourrions atteindre nos objectifs.
(Propos recueillis par D.W)- 18 nov 2010

 


JEAN-JACQUES KONADJE

 

 

Que faut-il entendre par « violence structurelle » ? Sous quels angles faudrait-il analyser la Paix en Afrique ? Le génocide rwandais a-t-il été planifié ? Et comment ? Quelle est la place de l’objectivité journalistique en période de guerre ? Quel est le rôle du dialogue dans le maintien de la paix ? Réponses d’un expert qui sait de quoi il parle.

 

Paris, Genève, Abidjan, Toulouse, Grenoble… Vous êtes tout le temps en train de bouger. Qu’est-ce qui fait courir Jean-Jacques Konadje ?

Il est vrai que je suis toujours entre deux avions ou deux trains. Mais il faut dire que tous ces déplacements que j’effectue s’inscrivent dans un cadre strictement professionnel. J’ai en effet plusieurs casquettes. Je suis à la fois chercheur associé auprès des instituts de recherches, consultant indépendant auprès de plusieurs organisations internationales et directeur de DK-Consulting, un cabinet-conseil de réflexion stratégique en géopolitique et relations internationales. Je précise que DK-Consulting est la nouvelle dénomination de mon entreprise que j’ai créée en 2007 sous l’appellation de Mediacom-International. Je suis donc sollicité un peu partout pour mon expertise, pour faire de la consultance ou des conférences.

Vos nombreux déplacements en Côte d’Ivoire s’inscrivent-ils dans ce cadre ?

Je suis ivoirien, né en Côte d’Ivoire et toute ma famille y vit. Donc c’est tout à fait naturel que je retourne dans mon pays. Mais il faut dire que ces trois dernières années, je me suis plus rendu en Côte d’Ivoire pour des raisons professionnelles. On peut distinguer trois phases dans ces déplacements. En 2007, je me suis rendu plusieurs fois à Abidjan pour faire la promotion de mon entreprise et surtout soumettre des projets aux autorités ivoiriennes. J’ai eu donc l’occasion de rencontrer plusieurs membres du gouvernement. En 2008, j’y suis allé 5 fois en tant que consultant et chargé de mission de l’Ecole de la paix de Grenoble (France). Je suis également intervenu en tant que chercheur-consultant à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix dans le cadre de la revue Dialogue et paix. En 2009, je me suis rendu à Abidjan à 9 reprises pour monter des affaires avec quelques personnalités du Pays. Depuis quelques temps, j’interviens auprès de la commission nationale ivoirienne de lutte contre les armes légères et de petit calibre (ALPC) en tant que consultant-expert en communication et armes légères. C’est une structure qui est rattachée au cabinet du Premier Ministre.

Justement vous parliez de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. L’Afrique vit-elle en période de paix actuellement ?

Cela dépend du type de paix dont on parle. Vous savez, les irénologues, les polémologues et autres spécialistes de la guerre et de la paix distinguent deux types de paix. Nous avons d’une part la paix négative qui est matérialisée par l’absence de la violence physique entre groupes. La paix négative est statique et fige les conditions existantes quelles qu’elles soient. Nous avons d’autre part la paix positive. C’est une paix dynamique qui comporte en elle le refus de la violence structurelle. Il faut entendre par violence structurelle tout ce qui détruit les hommes dans leur être psychique, physique et spirituel de manière anonyme et sans qu’ils soient agressés personnellement par les armes. La paix positive fixe les bases de la Démocratie, de la bonne gouvernance et du respect des droits de l’homme. Voilà les deux angles sous lesquels il faut analyser la paix en Afrique. Lorsqu’on analyse l’Afrique sous l’angle de la « paix positive », nous pouvons dire que le continent est loin de vivre actuellement en paix. Il suffit de penser à tout ce qui se passe dans nos différents pays et surtout aux conditions de vie des populations pour s’en rendre compte. Même en analysant le continent sous l’angle de la « paix négative », le bilan reste mitigé. Je vous rappelle que depuis 1960, le continent africain a connu plus de 200 coups d’Etat. Dans le même temps, plus de 101 chefs d’Etats ont été chassés par la force. Le continent a été le théâtre de plus de 35 guerres.

Conflit en Casamance et rebellions Touaregs

Il est vrai que ces dix dernières années, le nombre de conflits sur le continent a baissé. Cependant, l’équilibre de la paix reste fragile et, dans de nombreux pays sortant des conflits, la notion même « d’après-guerre » n’a malheureusement aucun sens ». Certains conflits restent latents et non résolus. C’est le cas du conflit séparatiste de la Casamance au Sénégal. Nous avons aussi les différentes rébellions touaregs dans certains pays sahéliens. Il n’est donc pas rare que les hostilités reprennent après une période de paix troublée comme en Angola ou en Sierra Léone, qu’une rébellion se maintienne localement après un changement de régime, comme en République démocratique du Congo, ou que des insurrections transfrontalières fassent peser une menace constante sur le pays, comme en Ouganda et au Rwanda. Les violations généralisées des droits de l’homme sont légions dans ces pays fragiles. Tout cela pour vous dire que la paix reste utopique dans bien des régions d’Afrique. Il faut aussi souligner qu’avec l’avènement et la montée en puissance du terrorisme international depuis les évènements du 11 septembre 2001, certaines régions de l’Afrique sont aujourd’hui confrontées à de nouvelles formes de menaces. Nous avons par exemple l’AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique) qui sévit dans la zone sahélienne.

Dans le conflit rwandais, nul n’a oublié le rôle actif joué par la radio des mille collines. Ce rôle pose bien évidemment le problème de l’implication directe de certains médias dans le déclenchement des guerres ou des génocides. Dans l’exemple du Rwanda, qui doit-on mettre en cause ? Les journalistes qui ont pris parti pour un camp en raison de leur appartenance ethnique ou les idéologues racistes qui se sont emparés d’un outil médiatique efficace pour faire couler le sang ?

Je pense que les responsabilités sont partagées. Vous savez dans nos pays africains, il existe une mosaïque d’ethnies, toutes différentes les unes des autres. Et cette différence entre les communautés offre de riches opportunités pour certains responsables politiques cherchant à fédérer leurs partisans autour d’idées commodes. Cela soulève la question de l’Etat-nation qui demeure utopique sur le continent. Dans le cas du Rwanda, il faut dire que c’est un jeune Etat, très fragile avec une population souffrant d’une inculture politique criarde. Dans un tel contexte, il est apparu tout à fait « normal » pour certains journalistes rwandais de servir une cause ethnique; car comme je le dis toujours, en Afrique noir, l’individu appartient d’abord à son ethnie avant d’être national et citoyen. Ce qui est d’ailleurs dommage !

Comment une seule radio parmi tous les medias rwandais a-t-elle put enflammer les esprits à ce point ?

Il faut dire que le génocide rwandais a été un projet planifié. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la RTLM (mise sur pied par un groupe de proche du président Habyarimana) n’agissait pas seule, mais constituait un des éléments d’un système soigneusement organisé où s’imbriquaient médias, milices dites d’auto-défense, partis politiques et intérêts financiers. Le rôle prépondérant qu’a joué la RTLM dans ce génocide s’explique en partie par la place qu’elle occupait dans le paysage médiatique rwandais. C’est une radio qui commence à émettre en 1993 avec une série d’émissions incendiaires. Très vite, elle devient populaire et apparaît comme le média le plus écouté par la jeunesse rwandaise. Dans la période de 1993-1994, la RTLM est considérée comme le principal média de masse au Rwanda. Elle est aussi considérée comme la seule source d’information pour la quasi-totalité des rwandais y compris les masses rurales et analphabètes, hors de portée de la presse, mais dotées de petits transistors aux prix relativement abordables.

En tant que radio de proximité, elle laissait une large place aux animations libres, aux entretiens avec des auditeurs ou des personnalités invitées. C’était en gros une radio amusante et vivante, dirigée par des personnes instruites et expérimentées, s’appuyant largement sur des ressources humaines issues de Radio Rwanda ou la presse proche du gouvernement. Elle disposait d’animateurs talentueux, qui jouaient en permanence sur l’interactivité et le dialogue avec les auditeurs. Cependant, à la suite de l’attentat abattant l’avion du Président Habyarimana et de l’assassinat de quelques leaders hutu, le ton de cette radio va monter d’un cran. Les idéologues hutu savaient qu’ils pouvaient se servir de cette radio qui jouissait d’une crédibilité nationale et qui appartenait à l’un des leurs pour mieux enflammer et embrigader les esprits. C’est dans ce contexte que les émissions musicales laisseront place à une propagande de la haine, à une incitation au meurtre très radicalisante. En gros, les différentes actions de la RTLM vont constituer l’une des causes majeures des massacres. D’où l’émergence d’une « propagande ethnisante ». Il faut préciser que pendant le génocide, les propagandistes du génocide rwandais s’exprimaient en kinyarwanda, ce qui leur permettait d’atteindre un large public mais surtout de dissimuler leurs actes aux yeux et aux oreilles de l’opinion internationale.

En période de guerre, la notion du journaliste répondant à l’objectivité, à la neutralité de l’information, donc à une certaine déontologie a-t-elle encore un sens quand la nécessité de vivre ou de survivre lui fait oublier la clause de conscience ?

En période de guerre, la notion d’objectivité journalistique ou de neutralité de l’information sont mises à l’épreuve. Vous savez, les journalistes disposent en général de peu de connaissance sur les conflits. Souvent, dans leur cursus de formation, il n’y a aucune référence à la discipline d’analyse des conflits. Ainsi, lorsqu’ils couvrent une guerre, dans la plupart du temps le traitement de l’information est partisan. Mais pour pousser plus loin ma réflexion, je dirai que votre question soulève la problématique de l’indépendance des journalistes, de leur professionnalisme et surtout du mode de financement des organes de presse. Même en période de paix, la question de l’objectivité et de la neutralité ne sont pas toujours au rendez-vous. C’est souvent par manque de moyens que certains organes de presse n’hésitent pas à devenir la caisse de résonance de certains partis politiques.

Quelles différences faites-vous en termes de nocivité entre la presse écrite, la radio et la télévision dans la survenue ou l’intensification des conflits armés ?

Cela dépend du théâtre du conflit. L’Afrique étant le continent de l’oralité par excellence, la radio et la télévision jouent un rôle capital dans la survenue ou l’intensification des conflits armés. Il faut dire que dans nos pays africains, il existe une difficulté d’accès aux documents écrits. Raison pour laquelle la télévision et la radio sont les moyens de communication qui s’imposent aux populations, car, ils permettent de toucher toutes les couches sociales. L’influence de la radio est évidente dans les zones rurales, où très peu de personnes ont accès à une information variée. Il y a aussi le fait que l’information diffusée en langue locale à travers la radio et la télé est facilement accessible au grand public. Quant à la presse écrite, il faut dire que son impact est le plus souvent limité aux zones urbaines. En période de conflit, la presse écrite sert les causes des intérêts extrémistes. Seules les personnes lettrées ont accès à l’information de la presse écrite. Ces dernières sont chargées de relayer l’information aux populations illettrées. Par exemple, en Côte d’Ivoire, la façon dont l’information de la presse écrite a été relayée a favorisé l’émergence d’un nouveau phénomène qui est le phénomène de titrologie. On a aussi l’émergence de nouveaux espaces publics comme « les agoras », « les parlements » et « les sénats » sur le modèle « des Speakers’corner » de Londres.

Si les médias participent de l’exacerbation des guerres, elles sont aussi utilisées pour apaiser les esprits, désarmer et ramener la paix. Dans quel conflit, les médias ont-ils joué ce rôle, selon vous ?

Je dirai que dans tous les conflits, les médias jouent en général ce double rôle. Après avoir contribué dans un premier temps au déclenchement des conflits, les médias contribuent dans un second temps à leur apaisement. C’est en ce sens que l’on parle du rôle ambivalent des médias africains. Ils peuvent être considérés comme des couteaux à double tranchant. Par exemple en Côte d’Ivoire, après les évènements du 19 septembre 2002, de nombreux médias nationaux ont commencé à adopter un ton de plus en plus rhétorique, notamment en ayant recours à ce qui était généralement considéré comme des messages xénophobes, de manipulation politique, des déclarations sans fondement et le l’incitation à la violence contre des individus ou groupes de personnes originaires de certains pays étrangers. Cependant, au lendemain de la signature de l’Accord de Linas Marcoussis et avec la formation du gouvernement de réconciliation nationale en mars 2003, la presse ivoirienne a examiné son rôle de près et reconnu sa responsabilité dans l’aggravation des tensions en se montrant partisane, mesquine et inféodée aux partis politiques qui sont tout à la fois ses commanditaires et ses partenaires.


Radio Douentza et radio OKAPI

Depuis qu’elle a fait son mea-culpa, les choses sont rentrées dans l’ordre et la presse essaie d’accompagner le processus de paix en cours. Cette volonté des journalistes ivoiriens d’accompagner le processus de paix a été matérialisée par la création d’une association des journalistes pour la réconciliation et la paix en Côte d’Ivoire. Du coup on assiste à l’émergence d’un journalisme proactif au service de la paix.
Au mali, les médias ont joué et continuent de jouer un rôle important dans le règlement des conflits locaux. Par exemple, dans le cadre d’un règlement de conflit entre pasteurs et éleveurs en pays Dogon, la radio Douentza a créé de courtes émissions de fictions qui illustrent l’importance de la négociation en lieu et place de la violence, ainsi que la nécessité du dialogue avant le passage à l’acte. Elle a aussi mis en œuvre des projets de communication visant la réconciliation. C’est le cas des reportages interethniques avec des points de vue différents.
Aussi, il faut aussi souligner qu’en République démocratique du Congo, la radio OKAPI joue un rôle majeur dans le processus de paix et de réconciliation nationale.

 

 

 

 

La paix est souvent considérée comme un contrat de fin de conflit entre deux groupes belligérants. De ce point de vue, la paix sans la guerre, est-ce une notion recevable ? Autrement dit, serait-il erroné d’appliquer le terme de paix aux peuples qui n’ont jamais connu la guerre ?

La paix est une notion polysémique. Elle peut signifier :
1- L’entente entre les individus;
2- la tranquillité de l’âme ;
3- la tranquillité des cœurs

Comme je le disais plus haut, la paix en tant qu’absence de la guerre est la paix négative. Ce n’est qu’un type de paix. Par contre la paix positive qui contribue à l’émancipation et à l’amélioration des conditions de vie de l’Homme peut être appliquée aux peuples qui n’ont jamais connu la guerre. Donc pour revenir à votre question, je dirai que la paix sans la guerre est une notion recevable.

Quand on se souvient de ce qui s’est passé au Rwanda, au Kosovo, en Afrique du sud sous l’apartheid et de tout temps aux Etats-Unis où un groupe comme le Ku Klux Klan prône continuellement la haine contre tout ce qui n’est pas blanc, est-il possible d’imaginer un monde sans paix quand deux individus, des voisins ou deux familles sont prêts à s’étriper parfois pour des peccadilles ?

Vous savez, loin d’être linéaire, l’histoire de l’Humanité a été au contraire discontinue. Elle a été le théâtre de perpétuelles crises et de profonds bouleversements qui n’ont cessé de modifier le visage du monde. Tous les évènements douloureux que vous évoquez montrent la nature belliciste de l’être humain. Mais étant donné que nous vivons dans une société civilisée, on essaie toujours de tendre vers la perfection. Je pense que même si la paix s’avère être un idéal, il nous est impossible d’imaginer un monde sans paix. L’humanité a fait d’énormes progrès. Autrefois, on n’hésitait pas à s’affronter en duel pour le moindre petit souci. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. De nos jours, on privilégie de plus en plus le dialogue qui est plutôt l’arme des forts. Je pense que les pratiques racistes perpétrées par le Ku Klux Klan aux USA ou sous l’apartheid en Afrique du Sud sont fondées sur l’ignorance. Vous savez, c’est la peur de l’inconnue qui pousse un être humain à haïr son prochain. Dans le cas du Rwanda, c’est le système de classification ethnique mis en place par le système précolonial puis colonial, qui a abouti à une guerre fondée sur un complexe de supériorité et d’infériorité linguistique. Mais, je pense que plus nous avons, mieux nous apprenons à vivre en société avec autrui.

Dans les cours que vous dispensez à vos étudiants, vous parlez des multiples types de guerres qui existent (guerres de libération, guerres révolutionnaires, guerres civiles) et auxquels on peut ajouter les guerres froides comme celle qui opposa longtemps le bloc de l’Est au pays membres de l’Otan. Dans quelle catégorie classez-vous la « guerre » que le président de la République française dit déclarer aux délinquants de certaines banlieues ? Le terme de guerre est-il approprié dans ce cas ?

La « guerre » que le Président de la République française dit déclarer aux délinquants de certaines banlieues ne peut être classée dans aucune de ces catégories. Ce terme est employé ici dans le cadre d’une stratégie de communication politique. C’est un terme employé pour créer la psychose dans la population et surtout se positionner d’un point de vue électoral. N’oublions pas que nous sommes dans un pays où le facteur « sécurité » est beaucoup pris en compte dans les compétitions électorales. Nous sommes dans un cas de violence et de criminalité urbaine. Il est vrai que certains actes posés par certains délinquants sont gravissimes. Mais ce n’est pas pour autant qu’on va parler de déclaration de guerre.

Ce n’est pas l’envie d’écraser un pays par la force qui manque à certaines nations qui ont une puissance de feu suffisante pour le faire. On l’a bien vu quand l’Irak de Saddam Hussein a voulu gommer le Koweït de la carte du monde. Pourtant, les grandes puissances s’abstiennent d’envahir d’autres pays, mais ne font rien pour cacher leurs niveaux d’armement de plus en plus sophistiqués. Du coup, on a le sentiment que le surarmement continu rend la paix mondiale précaire. Cette paix-là, à quoi tient-elle ? Qu’est-ce qui empêche le monde de basculer dans la barbarie universelle ?

C’est vrai que plusieurs militants de la paix dénoncent le surarmement de certains pays. Mais n’oubliez pas que César a dit : « Il n’y a pas de République sans légion ». C’est ce qui se traduit par la fameuse formule: Si vis pacem, para bellum autrement. En français cela donne, si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, on observe que les pays qui sont en paix, sont ceux qui ont les plus grandes armées. De nos jours, les pays éprouvent la nécessité de se surarmer et de construire des armées à la dimension de leurs ambitions économiques. Vous conviendrez avec moi que dans ce monde, tout pays économiquement développé à une grande armée pour défendre sa richesse, sa culture et sa civilisation. De nos jours, le monde ne peut basculer dans la barbarie universelle parce que les deux guerres mondiales ont été des expériences très douloureuses pour l’Humanité. Et l’ONU, qui est une organisation universelle a été créée pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Et cette volonté de ne plus sombrer dans la barbarie est matérialisée par la Charte des Nations unies qui en son préambule stipule : « Nous peuples des Nations unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui en deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances… ».

L’irénologie est définie comme la science qui étudie la paix. Or, la paix est souvent un produit de la guerre à travers la signature des traités. Comment peut-on parler de science alors que la guerre peut partir à tout moment, de n’importe où à cause d’une petite étincelle ?

L’irénologie étudie la paix par rapport à la guerre. C’est une science qui est née en même temps que la polémologie, qui se définit comme la science de la guerre. Pour l’irénologie, la guerre est un phénomène de société. En étudiant la paix, l’irénologie cherche à dépister les poussées d’agressivité collective dont les hommes sont victimes. Elle analyse par ailleurs tous les facteurs belligènes et leur action. Pour l’irénologie la meilleure façon d’étudier la paix, c’est de connaître de façon très approfondie la guerre et ses motivations.

 

 

 

Au 21E siècle, le continent africain demeure une zone privilégiée de conflits sanglants : Coups d’Etat à répétition, guerres civiles, Chefs d’Etat chassés du pouvoir, des morts et des réfugiés par millions… S’agit-il de guerres provoquées à des fins inavouées ? Ou bien ce sont les Africains qui, par héritage, perpétuent aujourd’hui, les guerres d’antan comme au temps des Samory Touré, Béhanzin, Chaka et autres ?

Il faut éviter d’étiqueter les gens. Aucun peuple n’a l’apanage de la violence. Sachez que l’être humain, quel que soit sa couleur de peau ou ses origines a un esprit belliqueux. Nous sommes foncièrement et instinctivement bellicistes et c’est ce qui régie nos relations avec autrui. Souvenez-vous de cette citation de Sigmund Freud dans son livre malaise dans la civilisation et je cite : «L’homme n’est point cet être débonnaire au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité ». Tous les peuples et toutes les civilisations ont connu des guerres, souvent plus sanglantes que celles que connaissent nos pays africains en ce XXIe siècle. La guerre est donc sans contexte, le plus violemment spectaculaire d’entre tous les phénomènes sociaux. On peut même dire que c’est la guerre qui a enfanté l’histoire de l’humanité dans la mesure où celle-ci a commencé par être exclusivement l’histoire des conflits armés.


Même au prix du sang

Les guerres restent à la fois nos points de repères chronologiques les plus marquants et, qu’on le veuille ou non, les bornes qui marquent les grands tournants des évènements. Pour ma part, je pense que plusieurs raisons expliquent les guerres sans fin que connaît l’Afrique. Au-delà des causes politiques, sociales, économiques et culturelles qui expliquent ces guerres, il y a des enjeux inavoués. Certaines grandes puissances y ont leurs intérêts et cherchent toujours à les préserver même au prix du sang. N’oubliez pas que l’Afrique est d’une part un continent géostratégique et de l’autre un grand pourvoyeur de matières premières. Quand on analyse les choses de près, on se rend compte que les pays qui ont connu la guerre sont ceux qui regorgent le plus de matières premières. Il faut aussi dire qu’entre la boulimie du pouvoir et l’immaturité politique de certains de nos leaders, des combattants pour la plupart analphabètes, sans idéologies ni objectifs clairement définis se livrent à des atrocités. Raison pour laquelle en lieu et place de guerre, certains parlent de banditisme opportuniste et lourdement armé. Ce qui fait qu’on a souvent affaire à des guérilleros sans vision.


En Côte-d’Ivoire, votre pays, la guerre est finie et certains disent que le pays navigue aujourd’hui à mi-chemin entre la guerre et la paix. Pensez-vous que la paix a déjà remplacé la guerre en Côte-d’Ivoire ?

Il faut dire qu’en Côte d’Ivoire, pendant longtemps, il y a eu une confusion entre cessation des hostilités et fin de la guerre. Non seulement il y a eu un réel manque de volonté

politique des différents protagonistes d’aller à la paix, mais il faut dire que la Communauté internationale a montré ses limites dans la gestion de la crise. L’économie de guerre née de cette situation de « ni paix ni guerre » tant en zone gouvernementale qu’en zone sous contrôle des Forces nouvelles a constitué un obstacle majeur au processus de paix en cours dans le pays. Cependant, depuis la signature de l’accord politique de Ouagadougou tout semble rentrer dans l’ordre. Aujourd’hui nous sommes sur la dernière ligne droite. La paix que tous les ivoiriens appellent de leur vœux doit absolument passer par un désarmement effectif des ex-combattants et par une élection présidentielle libre transparente et ouverte à tous. Je précise en même temps que la plupart des combattants africains d’aujourd’hui ne sont pas des rebelles attachés à une cause : ce sont des prédateurs.

(Propos recueillis par D. Wilson/ Les intertitres sont de la rédaction)

 

INTERWIEW

 

 

 

Ton rêve d’enfant ?


A onze ans à peine, je trempais déjà dans la musique. Comme mes parents, j’écoutais beaucoup les Kabasélé, Madiaka Rochereau. Ma mère était une inconditionnelle de Luambo Makiadi dit Franco. Moi, je me suis très vite intéressé à la musique à travers le groupe « Les Anges » de mon grand-frère. J’adorais la musique comme mélomane et jusqu’à quatorze ans, j’avais la réputation d’être un super danseur.


Quels types de danses ?


J’ai d’abord été considéré comme un excellent danseur de rock, puis j’ai participé ensuite à de nombreux concours de break dance, de smurf etc.


Que faisait Olivier Doumou à 18/20 ans ?


J’étais à Abidjan. Mon père y était affecté. J’ai gardé de si bons souvenirs de cette ville que je n’hésite pas à dire que j’ai deux pays : le Congo et la Côte d’Ivoire. A Abidjan, j’ai vu tout ce qui n’existait pas au Congo. Il y avait des cantines, des tickets de bus Tout était structuré. C’était un petit Paris.


Puis, il a fallu quitter Abidjan…


A seize ans, Je suis arrivé à Lille. J’ai rejoint ma sœur qui y était depuis 1978. J’ai passé mon bac. Je ne peux pas dire que tout fut facile pour moi. Mais j’ai fini avec un BTS comptabilité. Ce que je peux ajouter, c’est que je n’ai pas fait beaucoup de petits boulots en arrivant à Lille. Ma chance, c’est que je recevais régulièrement de l’argent de mes parents pour vivre. Si je suis venu en France, c’est surtout parce que mes parents l’avaient voulu. Raison pour laquelle ils ont toujours été avec moi.


Un BTS de comptabilité et on te retrouve très tôt dans le milieu musical…


A 21 ans, j’organisais déjà de petites soirées zinzin avec, notamment, Hyacinthe Evongui et Alain Mondésir. J’avais trouvé ma voie. Au point que, pendant quatre ans, de 1997 à 2001, j’ai géré les dimanches du Macumba à Lille. Ensuite, j’ai été sollicité par une fille pour faire des soirées au JAG Café qu’elle gérait. Quand elle a déposé le bilan, j’ai racheté l’affaire. J’en ai fait l’Afro JAG Inter de Lille, une boîte de nuit afro-caribéenne. Et cela fait six ans que ça tourne.


Le milieu de la nuit, c’est compliqué, avec les clients difficiles ou suspects, les filles, les contrôles…


J’ai l’expérience de la nuit. Cela fait quatorze ans que j’y suis. J’ai eu trois fermetures en trois ans. Il faut être très vigilant, faire attention à sa programmation, ouvrir l’œil, respecter les horaires, bref, respecter la loi.


J’ai oublié de te poser une question importante. Combien de maires y-t-il à Lille ?


Il y a Martine Aubry et moi.


C'est-à-dire ?


Il y a une liste impressionnante d’artistes que j’ai fait venir à Lille. Certains ont découvert la ville grâce à moi. Chaque fois qu’ils arrivent ici, c’est moi qui les reçois. Ils ont fini par m’appeler « Mr le maire ». C’est comme ça que je suis devenu le deuxième maire de Lille. C’est une reconnaissance au niveau culturel. On m’appelle aussi le sénateur européen. C’est mon histoire avec un député européen avec qui j’avais pris le pari de lui faire venir les artistes qu’il voulait pour son spectacle. J’ai réussi le pari et il m’a serré la main en me disant : Olivier Doumou, je vous nomme sénateur.


Certains te reprochent de parler crûment parfois


Chaque fois que j’ai quelque chose à dire, j’y vais et je dis ce que je pense. Invité à la télévision, j’avais dit ce que je pensais du développement de nos pays et en particulier du Congo. Pourquoi vouloir fait beau avec un aéroport couteux quand il n’y a pas de routes et que la population est dans le besoin ? On m’a dit : Olivier, ne pousse pas comme ça. Il ne faut pas dire la vérité ? Cela dit, si je suis capable de cracher la vérité à quelqu’un, c’est souvent sans rancune. Je n’ai de problème avec personne et et je sais pardonner. Faire la gueule, ce n’est pas mon truc.


Tu dis souvent que tu es généreux, sincère et humble. Ce ne sont pas des mots pour se faire aimer ?


Pas du tout. Je suis comme ça. J’ai toujours été comme ça. Quand je vois certains de nos frères qui, à la première occasion, crient fort pour se mousser, je trouve qu’ils manquent vraiment de modestie. Ça sert à quoi de toujours chercher à se montrer, à se mettre en avant ? Quand on vient chez moi à l’Afro JAG, on ne sait pas qui est le pas qui est le patron, parce que je ne fais pas tout pour le faire savoir. Je ne me la joue pas avec cigare et coupes de champagne.


Tu dis aussi aimer les gens cultivés, ambitieux et charismatiques.


C’est vrai. J’ai un ami africain. Il s’agit de Keysha. Je l’ai connu quand il n’avait pas encore sa réputation d’aujourd’hui. A l’époque, il était danseur de Jean-Michel Rotin (ndlr : l’artiste antillais qui a donné ses lettres de noblesse au zouk-R’nB). Il avait de l’ambition. Il est devenu arrangeur, réalisateur, monteur vidéo etc. Il sait tout faire. Au Congo, ses parents sont très riches, mais il a voulu se battre lui-même. Malgré ce qu’il est devenu, il prend le taxi et le métro et quand il parle, il ne cache pas qu’à certaines étapes de sa vie, il a été aidé par un tel. Pour moi, Keisha est un exemple.


Chez toi, c’est comme une devise quand tu dis ne pas vouloir être un simple figurant dans la vie.


J’ai toujours été dans l’action. On a tellement de problèmes que si on n’agit pas, on subit. Dans la vie, certains préfèrent jouer en position d’ailiers. Ils se contentement de centrer le ballon pour d’autres alors que moi, je suis et je veux être l’avant-centre qui marque des buts. Donc, figurant, non. Acteur, oui.


Olivier Doumou a-t-il réussi sa vie ?


Je peux répondre oui parce que l’Afro JAG Inter m’appartient. Moi, j’ai réalisé mon rêve d’avoir construit quelque chose. Je sais que mes parents ont toujours rêvé de me voir devenir comptable ou avocat, mais voilà, j’ai pris le chemin de ma passion.


Comment cette réussite est-elle perçue au pays ? Qu’est-ce que tu fais pour les autres ?


La réussite pour moi, c’est avant tout un savoir-faire. Car, financièrement, je suis toujours dans le combat de tous les jours. C’est la raison pour laquelle je n’arrête pas de travailler tout le temps d’arrache-pied. Mais, je sais aider les autres.


De très nombreux Africains se réfugient aujourd’hui dans des groupes de prières et donnent même le peu d’argent qu’ils ont en espérant que Dieu leur ouvre la porte d’un visa pour l’Occident. Ton avis ?


La prière ne donne pas le visa. Tout ça, c’est le résultat de la pauvreté qui sévit durement. Si les gens se réfugient dans la prière au lieu de faire quelque chose de leurs dix doigts, c’est parce qu’il n’y a pas d’emploi. Je comprends ceux qui font appel à Dieu, mais je suis persuadé que la richesse, ça se construit par soi-même. Je ne pense pas qu’on puisse devenir riche en faisant appel à Dieu. On peut prier Dieu et lui demander de nous pousser dans les efforts que nous entreprenons dans tel ou tel domaine, mais rester assis ou debout à prier alors qu’on n’a rien mis en route, c’esdt une perte de temps pour moi.


Que fais-tu en dehors de la boîte ?


J’ai une société de production (Doumoussion Events) pour tourner en France et en Europe. C’est ma nouvelle grande passion. Je travaille aussi le FESPAM (Festival Panafricain de Musique) de Brazzaville et je suis le président de l’association des « Quatre Chemins » qui milite pour la culture afro-caribéenne. Cette association existe depuis plus de dix ans.


A côté de la gestion quotidienne de l’AFRO JAG, tu es également devenu manager et producteur d’un groupe, Les Trinity’s…


En effet. C’est l’une de mes passions aussi. Les Trinity’s, c’est un groupe de trois

jeunes chanteuses afro-caribéennes, des amies d’enfance qui ont décidé en 2008 de former un groupe aux influences tropicales. Leur style m’a plu. Leur passion pour la musique aussi et j’ai voulu relever le défi d’être leur producteur. Franchement, c’est un groupe qui me tient particulièrement à cœur.

C’est quoi leur style ?

C’est un mélange de tout, la synthèse entre différents rythmes. Quand je les écoute, j’entends du zouk, de la rumba, de la salsa, du calypso, du hip-hop, du coupé-décalé et du kizomba angolais ou capverdien. Ce sont des filles qui ont été influencées essentiellement par Fela, Kassav, Edith Lefel (paix à son âme), Kofi Olomidé, Alan Cave, Chantal Ayissi et j’en passe. Pour moi, Les Trinity’s, c’est trois voix et trois perles. Pour leur album, j’ai fait appel aux plus grands : Keysha, Meiway, Top One Frisson, Brice Malonga, Teeyah et bien d’autres.
(Propos recueillis par DW)

 

 

 

Dj Sweet

Dickalife
ou comment poursuivre son rêve

 

Combien de dj Sweet existe-il ?
A ma connaissance, je suis le seul. Il y en a sûrement des milliers sur la planète, mais dans ce que je fais, je pense que je suis le seul.

Dj Sweet la merveille
Si c’est la merveille, là, je suis sûr d’être le seul.

Ton vrai nom ?
Jean-Louis Dicka

Qu’est-ce qui fait courir Dj Sweet ?
Mon métier, ma passion. Je ne cours même pas, je vais vers les gens qui ont besoin de moi, de mes services. Je leur donne ce que je sais faire, c’est-à-dire, mettre de la musique et les faire danser.

Vous travaillez avec un agent ?
J’en avais un, mais je pense que la proximité avec les gens qui ont besoin de mes services, c’est mieux, parce qu’un agent peut véhiculer de toi, une image qui n’est pas exactement la tienne.

Des souvenirs de ton enfance…
Bien sûr que j’ai gardé de nombreux souvenirs du Cameroun où je suis né. Mon adolescence, c’est là-bas que je l’ai passée. Les meilleures parties de mon enfance c’était là-bas au Cameroun.

Tu parles de l’adolescence et ton enfance ?
Bien. Tranquille. Je n’avais jamais manqué de quoi que ce soit parce que les parents ont toujours été là pour nous. L’éducation qui en a découlée fait que je suis ce que je suis aujourd’hui et ma mère en est fière. J’ai perdu mon père il y a pas mal d’années déjà, j’étais tout petit. Donc, je remercierai toujours ma mère pour tout ce qu’elle a fait pour moi et pour les autres aussi car nous sommes six à avoir grandi et évolué et chacun a trouvé sa voie.

Donc, tu ne regrettes pas de n’avoir été ni médecin ni avocat par exemple
Quand j’étais tout petit, dans les quatre cinq ans, je voulais être pilote, mais après, cette lubie m’est passée et je ne savais pas où la vie allait m’entraîner. Tout ce que je savais, c’est mon amour pour la musique. J’aimais danser, j’aimais faire la fête.

Alors, quel souvenir gardes-tu de ce petit groupe qui s’appelait à l’époque Les Boys » à Douala ?
(Il éclate de rire) Ah, les Boys. C’est magique ! C’est mythique ! Quand j’en parle, j’en ai presque la larme à l’œil. C’est à partir de là qu’on s’est vraiment découvert des talents devant des personnes. Danser devant une assistance où les gens se déplacent pour ce que vous savez faire. Je devais être en 5e ou en 4e. C’est avec les Boys que j’ai fait les premières vraies prestations de ma vie.

Comment est né ce groupe ?
Ce groupe-là, c’était un collectif d’amis. Il y avait le grand frère d’un ami à nous. Il s’appelle Henri Doul. Il revenait des Etats-Unis. Il est figurant dans le film Black Mic Mac. Il nous avait vu danser en boîte et nous avait dit : « ça ne vous dirait pas de créer un truc, vu que vous dansez tous très bien ? ». Il était devenu comme le leader du groupe et tous les week-ends, on était en représentation.

Et l’OAN ?
Ça c’était autre chose. C’était avec la famille. C’était du rap. J’étais le dj parce que je commençais déjà à niquer les platines à la maison, pardon, à foutre les platines en l’air. On était trois avec deux cousins, Jean-Yves et Sam, mais moi, j’étais plus attiré par les effets sur la musique alors qu’eux ils étaient plus sur le rap. D’ailleurs, eux, ils ont poursuivi sur leurs voies, c’est-à dire, le rap. Ils ont deux albums aujourd’hui et moi j’ai continué dans la déclinaison de ce qui était ma passion d’origine : les platines. OAN, c’était pour dire qu’on vient d’Afrique, qu’on a été colonisé, mais qu’on est là nous aussi, on parle nos langues, mais on sait aussi parler le Français autant sinon, mieux que vous. Avec le vécu qu’on a eu, on dénonçait les injustices, les inégalités qu’il y avait au Cameroun entre les Camerounais et les hommes blancs qui y vivaient. Ici en France, on rappait sur la police et au Cameroun, c’était contre les inégalités.

Et les études dans tout ça ?
Parallèlement à tout ça, j’ai toujours fait mes études. J’ai eu un bac littéraire. A la mort de notre père, la règle était claire avec notre mère : vous ramenez de bonnes notes à la maison et après, vous faites ce que vous voulez. Il fallait donc forcément de bonnes notes pour aller en boîte les samedi ; c’était plutôt des thés dansant, des matinées jeunes.

Qui a initié DJ Sweet au maniement de la platine ? Y avait-il à l’époque, un ou des dj qui, au Cameroun étaient ses modèles ?
Ah oui, il y en avait. Je crois même qu’il y en a qui est actuellement au Bénin. Il s’appelle Little Bobby, je ne sais pas si vous le connaissez. Moi, j’adorais danser et c’est lui qui m’a donné l’envie de passer derrière la platine pour faire danser les autres. A part lui, il y en avait d’autres. Je pense à dj Mas qui est Dortmund, Tino qui est au Cameroun. J’en oublie.

Ton bac littéraire te sert à quoi aujourd’hui ?
Il me sert à avoir des interviews avec vous, à parler français, à m’exprimer correctement, à avoir un peu plus l’esprit ouvert sur le monde, à lire des livres, à me cultiver etc.

Dans quelles conditions as-tu quitté l’Afrique pour ‘Occident ?
Tout s’est fait naturellement. J’étais le dernier à partir de chez moi. J’ai deux frères aux Etats-Unis, un à Paris, une sœur à Reims, une à Nantes. Moi, j’étais resté avec ma mère. Je continuais à faire ce que je faisais et elle voulait qu’elle je l’aide à faire ce qu’elle faisait. Puis, un jour, elle m’a dit : je pense qu’il faut que tu y ailles. Je pourrai tenir toute seule et j’irai vous rendre visite tous les étés. Voilà comment j’ai quitté le Cameroun et ma mère. Ce fut un peu dur la séparation, mais j’étais psychologiquement prêt du fait que tous mes frères et sœurs étaient déjà de l’autre côté.

Dj au Cameroun et dj en France, c’est pareil ?
La musique est universelle. C’est les mêmes musiques, où qu’on se trouve. C’est les publics qui changent et c’est au dj de s’adapter en fonction de ce qui marche là où il est.

Quand tu es arrivé en France, tu as ramé comme la plupart de ceux qui débarquent ?
Non ! Non ! Moi, j’avais la chance d’avoir de la famille sur place. Pour arriver, il y a toujours des obstacles qu’il faut surmonter. Dans mon cas, ces obstacles ce n’était pas des galères. J’ai toujours eu un endroit où dormir. J’ai toujours pu manger. La preuve, je suis aujourd’hui à Lille tout seul.

Quand tu as quitté le Cameroun pour la France, il y a eu entretemps, l’étape parisienne avant Lille…

C’est ça. Mais Paris, c’est une ville énorme, vaste où il faut savoir s’adapter. J’ai continué à faire le dj et les week-ends, je venais voir un cousin à moi, Marcos qui fait du slam et qui vit à Lille depuis 1992. On se connait depuis qu’ion est tout petit. On s’appelait, on s’écrivait. Un weekend, je suis venu le voir à Lille, j’ai rencontré ma femme et je suis resté.

Tu as eu le dj d’or en 2008, tu pensais le mériter ?
Des dj, il y en a plein : il y en a sûrement qui bossent mieux que moi, mais dans leurs caves. Ce n’est pas toujours la technique qui prime. Il y a aussi l’osmose avec le public, la sensation qu’on partage avec l’assistance. Le jury a estimé que c’était à moi qu’il fallait attribuer le prix. C’est lui qui a décidé.

Y-a-t-il un esprit de solidarité manifeste entre les dj ? Certains sont réputés, sollicités alors que d’autres essaient d’émerger. Ça ne crée pas parfois, un sentiment de jalousie ?
Il y a de la jalousie partout, dans toutes les sociétés, même au sein des familles entre des frères. C’est naturel. Il y en a avec qui on est vraiment sincère et d’autres qu’on côtoie sans plus. On ne peut pas avoir des affinités avec tout le monde. C’est comme dans une équipe de football.

Tu en vis bien, de ce métier de disc-jockey ?
Je peux payer mes factures, manger tous les jours et me faire plaisir. Je crois que c’est le plus important.

Est-ce dj Sweet coûte cher ?
Si je coûtais 20.000 euros comme David Guetta, ça se saurait, hein ! Cher, je ne sais pas pour qui. Moi, je pense que je vaux ce que je fais, ce que je donne aux promoteurs et au public.

Est-ce que tu te sens bien ici dans le <Nord-Pas-de-Calais
C’est génial. J’ai même tendance à dire que je ne partirai jamais de Lille. Lille pour moi, c’est carrément magique. On a tout à côté. Quel que soit le voyage que je fais, je reviens ici comme si j’étais au centre de tout. Londres est à côté. La Belgique à 15, 20 minutes, la Hollande, c’est à quelques heures, Paris est à 50 minutes quand je pars pour Les Etats-Unis, le Canada.

Quel est ton rêve secret ? Avoir un studio d’enregistrement, construire une grande salle, monter un commerce ?
Vous avez dit rêve secret. Je ne veux pas partager mes rêves secrets avec tous les lecteurs de votre site. Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’ai un rêve et quand il se réalisera, vous serez les premiers informés. Vous savez, on travaille dur dans la vie, on court tous après nos rêves afin qu’ils se réalisent avant d’aller un jour, six pieds sous terre.

(Propos recueillis par D. Wilson)

 

 

 

INTERVIEW


Marie-Claude MONDIOT

Sourire, simplicité et altruisme

Née le 30 avril 1960 à Yaoundé au Cameroun, c’est au « Petit Jost » que Marie-Claude fait ses études primaires. Etre une bonne élève, c’était une exigence parentale car les parents étaient stricts et papa plutôt autoritaire. Avec ses trois frères et sa sœur, ils ont donc été élevés à la dure et comme le dit si bien Marie-Claude : « contrairement à beaucoup d’autres enfants de notre âge, jamais je n’avais mis les pieds dans une salle de cinéma ». Pour ses enfants, elle est une maman « cool ». Dans la vie, de tous les jours, elle est à la fois, chef d’entreprise et présidente d’association. Nous avions voulu la montrer telle qu’elle est. Elle n’a esquivé aucune de nos questions. Si, un peu quand même.

Comme chef d’entreprise, que faites-vous ?

Actuellement, je vends aux femmes. Disons que je les habille : des sacs à main, des chaussures, des sous-vêtements.


Et votre association ?


C’est l’AAFEC, l’association d’aide aux femmes et aux enfants du Cameroun. Mais, je peux vous dire que je m’occupe aussi d’autres enfants, des femmes en difficulté et il y en a beaucoup. Je travaille aussi à l’association Saint-Vincent de Paul, secteur de Villeneuve d’Ascq pour des dons alimentaires à domicile.


On n’entend pas parler de vous…


.Je travaille en silence.


Aujourd’hui le silence est rompu…


Vous aviez souhaité m’interviewer. Je n’ai aucune raison de vous le refuser.
D’où vous est venue cet intérêt ou cette vocation pour l’humanitaire ?
Je suis née au Cameroun. C’est là-bas que la misère ambiante m’a touchée. Celle des parents, mais plus encore celle de leurs enfants. Voir des élèves partir à l’école les pieds nus m’était insupportable. Quand j’évoque ces souvenirs, j’ai mal à l’Afrique car j’ai le sentiment culpabilisant de contribuer moi aussi à l’image misérabiliste du continent. Mais, c’est cette réalité-là qui m’a marquée et a fortement influencé ma façon de regarder les enfants. C’est donc au Cameroun

que cette idée d’association m’est venue et une fois en France, le temps de m’installer, j’ai créé l’AAFEC.


Il y a des associations qui se contentent de leur parution au Journal Officiel et il y en a d’autres qui travaillent effectivement. Dans quel camp devrait-on classer votre association ?

 

Dans la deuxième catégorie, parce que je suis quelqu’un qui bouge et qui va au bout de ses idées. Je sais vendre, je sais cuisiner, je sais aller vers les autres. Je ne m’engage pas pour ne rien faire. Nous avons par exemple contribué à la rénovation de l’école du village de Mamboman à Yaoundé au Cameroun. Dans la foulée, nous avons fait des dons de vêtements, de médicaments, bref, de matériel de première nécessité en Guinée Equatoriale. Là, nous allons commencer à nous occuper des femmes sans emploi ici à Lille. Je dis toujours « nous » parce que je ne suis pas seule. Ce n’est pas possible de réussir tout seul et pour s’intégrer, il faut pouvoir aller vers tout le monde.


Vous donnez l’image d’une femme simple et souriante qui reconnait avoir été élevé à la dure par des parents sévères. En matière d’éducation, on vous imagine mal administrant le même traitement à vos enfants.


Je suis ferme sans être brutale. Nous sommes en 2010 et je ne peux pas leur infliger les préceptes d’une autre époque. Je suis souple avec eux. Si vous leur demandez ce qu’ils pensent de leur mère, ils vous diront tous qu’elle est cool. Mais, être cool ne signifie pas laisser faire.


L’histoire semble répondre à un schéma préétabli. On fait ses études en Afrique puis, un beau jour, on décide de quitter son pays pour l’étranger. Comme on dit là-bas sur le continent : « je vais au pays des Blancs comme les Blancs vont au pays des Noirs ». Marie-Claude Mondiot, vous n’y avez pas échappé ?


Pour moi, toutes les conditions étaient réunies pour que j’aille en Europe. Mon père avait combattu en Algérie pour la France et j’avais deux frères qui vivaient déjà dans le pays. J’ai débarqué à Marseille en plein hiver. Nous étions en 1983. J’avais tellement eu froid que je voulais repartir au soleil. De plus, j’avais un vrai problème avec le franc français parce que je m’obstinais à compter en franc CFA comme au Cameroun. Mais le pire, c’était le racisme. Je l’avais bien senti là-bas à Marseille.


Il est rare, dit-on, d’échapper à la galère quand on arrive en Europe.


Comme tout nouveau venu, j’ai eu ma dose de galère. De petits boulots à droite, à gauche. Des portes qui se ferment et d’autres qui s’ouvrent à peine. En France, vous avez beau avoir des amis ou du soutien, à un moment où à un autre, vous devez vous jeter à l’eau tout seul. J’ai bien ramé, oui, mais, je n’ai pas mis longtemps dans le sud. Trois mois plus tard, j’étais à Lille. C’est la ville de l’homme de ma vie. Je me suis marié à Lille, une ville où je me suis sentie tout de suite bien. Une ville où je me sens toujours bien.


Vous gagnez bien votre vie ? Vous considérez-vous comme une femme heureuse ?


Si je gagne bien ma vie ? C’est oui et non. On se bat toujours pour gagner sa vie. Rien ne tombe jamais tout rôti du ciel. Je peux par contre vous dire que je suis une femme heureuse parce que j’ai mes enfants que j’aime, qui m’aiment et qui mangent tous les jours sans qu’on ne se pointe au service social de la mairie. Par contre, je suis malheureuse côté argent, mais étant une femme battante, je sais que je ne peux pas baisser les bras. Pour vivre actuellement, outre les petites choses que je vends aux femmes, je fais de la restauration à emporter.


La première fois que j’ai entendu parler de vous il y a un mois environ, on me disait que vous étiez gérante d’un restaurant à Lille.


(Soupirs). C’est vrai. Il y a quatre mois, j’étais au Cosmopolitan en qualité de gérante. Je n’y suis plus.


Vous avez fait faillite ?


Non. Je suis stricte, partisane de la légalité et je sais gérer.


On ne peut donc pas savoir pourquoi vous n’êtes plus au Cosmopolitan ?


Tout ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que la gestion de ce restaurant m’a valu la plus grosse déception de ma vie. Vraiment. Je suis tombée sur des personnes, des Africains malhonnêtes qui m’ont profondément déçue. C’est tout.


Vous ne voulez pas en dire plus ?


Non. Pas pour le moment.


Vivadi-Nord pourra-t-il se rapprocher de vous dans quelques semaines, dans quelques mois pour en savoir plus sur cette affaire ?


Le moment venu, je parlerai. Je vous ferai signe.


D’avoir été échaudée dans l’affaire que vous évoquez pourra-t-il éloigner l’excellente cuisinière que vous êtes, de la restauration alors qu’on déplore, avec la fermeture du Toucouleur, la rareté des restaurants africains dans une grande ville comme Lille ?


Je ne peux pas abandonner la restauration. Je vous ai dit qu’en ce moment, je me contente de la restauration à emporter. Cela veut dire que je suis toujours dans ce secteur d’activité. C’est ma passion et ma raison d’être. C’est pourquoi je me bats

parallèlement pour avoir mon propre restaurant et non plus me mettre en affaires avec des gens qu’on ne connait pas dans le fond. Certaines personnes à qui j’avais donné bêtement ma confiance ont abusé de mon talent culinaire et de ma générosité d’âme. Mais, je ne baisse pas les bras pour ce restaurant dont je rêve.


Quel type de rapport entretenez-vous avec la communauté ici dans le Nord-Pas-de-Calais ?


De bons rapports. Je connais presque tout le monde. Moi, je n’hésite jamais à aller vers les autres nationalités. C’est en se frottant aux autres qu’on se connait et qu’on apprend des choses nouvelles. Je suis souvent avec la communauté maghrébine de Lille qui m’invite aux fêtes et aux mariages. Ce qui fait que je m’intéresse aussi aux cuisines marocaines, algériennes, tunisiennes notamment. J’aime apprendre des choses nouvelles.


Même ce qu’on dit de vous ?


Ce n’est pas le plus important.


On dit que vous êtes quelqu’un sur qui on peut compter. Réactivité, ponctualité, écoute attentive, suggestions etc.


On avait rendez-vous à midi à Lille Flandres pour cette interview et vous avez bien vu que j’étais à l’heure, non ? Je suis comme ça. Quand on a un empêchement, il faut le faire savoir assez tôt. Et quand on m’écrit, si je dois répondre, je n’attends pas un mois pour le faire. J’ai l’habitude de dire que je suis quelqu’un sur qui on peut compter à 100 pour cent.


Ce n’est un secret pour personne que dans la communauté africaine, la solidarité africaine n’est souvent qu’un mot vide de sens. Au chacun pour soi, vient se greffer ce que d’aucuns appellent déjà le « conflit des générations ». Quelle vision avez-vous de ces questions ?


Dire que tout va dans la communauté, c’est se voiler la face. Le problème que j’ai évoqué tout à l’heure concernant la restauration, c’est bien avec des frères africains que je l’ai eu. A une époque ici, j’organisais des tournois de football, mais ça ne suivait pas. C’est difficile d’être maître-d’œuvre et en même temps se battre à chaque instant pour mobiliser les gens. Je sais aller vers les autres, mais ça ne peut pas être un mouvement à sens unique tout le temps. Chacun doit donner un peu de lui. Ici à Lille, certains viennent vous voir pour vous dire : « moi, j’ai monté une affaire ». Cela veut dire qu’ils ont pensé leur affaire dans leur coin sans associer qui que ce soit. Comment peut-on être forts sans être unis ? Parfois, la réflexion d’un ami peut vous permettre de corriger le tir d’un projet. Mais, que pouvons-nous si certains veulent réussir tous seuls ? S’agissant du conflit de générations, je comprends la réaction de certains jeunes quand ils voient que des aînés qui sont à des postes importants à Lille et dans la région, paraissent parfois inaccessibles ou impossibles à revoir après un premier contact chaleureux. Ces aînés peuvent apporter beaucoup à la communauté, mais ils peuvent aussi apprendre beaucoup de ceux qui ne sont pas à leur niveau.


On a aussi parlé de votre sourire et je constate que c’est bien vu…


L’expression de nos visages accompagne les drames et les bonheurs de nos vies. Moi, j’ai toujours été souriante, même si c’est parfois dur d’éviter la mélancolie. Comme je vous l’ai déjà dit, j’aimerais, du restaurant dont je rêve, accueillir les gens avec simplicité et sourire. Et si ce sourire pouvait irradier toute la ville de Lille, j’en serais la plus heureuse.
(Propos recueillis par DW)

 


LE CMDT à BRUXELLES

Dr Martin AMOUZOU

« Le CMDT transcende toutes les obédiences
politiques et accepte le débat contradictoire ».

 

3 août 2010

Tout d’abord, pourquoi cette rencontre à Bruxelles et pas Paris, New-York ou Lille ?

Cette rencontre aurait pu se passer comme vous le dites à Paris, New York ou Lille. Mais le choix s’est porté sur Bruxelles. Bruxelles rassemble beaucoup de nos compatriotes togolais comme africains et réunit les conditions d’infrastructure et d’accessibilité. Et c’est le centre de l’Europe. Beaucoup d’atouts, voyez-vous !
Mais avant de poursuivre notre entretien, permettez-moi de vous remercier pour l’occasion me donner pour m’adresser à vos lecteurs du NPDC et à tous les nombreux africains qui y vivent pour faire connaitre notre organisation. Il s’agit en effet du Conseil Mondial de la Diaspora Togolaise (CMDT) dont je suis le Coordinateur Général et qui a vu le jour au premier congrès des Togolais, invités des quatre coins du monde à Bonn en Allemagne les 25 et 26 juillet 2009.
Le CMDT s’affirme comme une organisation non gouvernementale autonome issue de la société civile togolaise de la diaspora, partie intégrante du peuple togolais, offrant une plateforme aux structures associatives de la diaspora et aux personnes ressources , engagées à prendre leur part de responsabilité dans les efforts et les sacrifices de la population togolaise dans sa longue lutte en vue de la conquête de ses droits fondamentaux et la satisfaction de ses aspirations essentielles dans le cadre d’un Etat de droit respectueux des valeurs de solidarité, de démocratie et des droits de l’Homme, indissociables de l’objectif stratégique de développement économique et social du pays.
Son organisation repose sur une coordination générale et des coordinations nationales des togolais durablement installés hors du Togo.


Qu'est-ce qui a motivé la rencontre de la diaspora togolaise à Bruxelles ?

La rencontre de Bruxelles répond au rendez-vous semestriel du CMDT pour faire le point. Les sujets relatifs à la Diaspora togolaise et au Togo sont nombreux. La question d’organisation et de structuration de la Diaspora qui est en marche, avec toutes les difficultés que l’on peut rencontrer, une telle ambition ne se fait pas en un an ! Le Togo s’empêtre dans des crises de toute sorte à ne plus en finir ; tout cela nécessite une grande rencontre pour échanger et nous responsabiliser les uns les autres sans découragement. Le Togo doit évoluer, le Togo doit entrer dans la modernité et c’est de tous ses enfants dont il a besoin pour se relever !

Le CMDT est-il sorti satisfait de cette rencontre de Bruxelles ?


Le fil rouge qui a sous-tendu les travaux de cette grande rencontre, à savoir, « le Togo, notre bien commun à tous » décliné à travers les différents ateliers, « la Diaspora est-elle discriminée ? », « la refondation démocratique et républicaine du Togo » et « l’organisation, la structuration et le financement du CMDT » a rencontré beaucoup d’adhésion des camarades citoyens. La richesse des échanges, le niveau du débat et la production des propositions concrètes prouvent combien cette rencontre a tenu toutes ses promesses. Maintenant, je dirai aux camarades, restons mobilisés pour mettre en œuvre nos propositions dont je brûle d’impatience de commencer par le commencement, à savoir, le recensement de tous les Togolais de par le monde pour que chacun puisse se connaître, avoir une identité, identité signifiant ici reconnaissance d’une part du Togo en soi, même si on dispose d’une autre nationalité. Avoir une autre nationalité n’empêche pas de se savoir dépositaire d’une valeur culturelle togolaise que l’on peut revendiquer haut et fort partout !

Les autorités béninoises ont récemment envoyé des délégations officielles sur tous les continents pour rencontrer les Béninois de l’extérieur en vue des prochaines échéances électorales. Les autorités togolaises ont-elles fait la même démarche vers vous ?

Voilà l’un de nos rêves ! Rassembler tous des Togolais du monde entier pour le bien du Togo qui est au-dessus de toute coloration politique. Les autorités béninoises ont compris qu’elles ne pourront pas faire l’économie de cette grande force que constituent les Béninois de l’extérieur. Nous ne désespérons pas qu’au Togo, le vote de la Diaspora soit aussi possible dans un avenir bien proche. Cette question a été longuement débattue et je pense que nous avons trouvé le bon bout pour la réponse. Ce qui est possible pour les Diasporas malienne, comorienne, gabonaise, l’est aussi pour la Diaspora togolaise.

Le CMDT s’adresse-t-il à tous les Togolais ou à ceux qui manifestent encore un brin d’intérêt pour leur pays ? Autrement dit, les Togolais qui n’ont plus remis les pieds dans leur pays depuis des lustres sont-ils également concernés par les actions que vous posez au sein du mouvement ?

Sans exclusive, toutes les personnes qui ont une part du Togo en elles, que ce soit par filiation, par naturalisation, par alliance ou autre sont les bienvenues au CMDT. Vous parlez des Togolais qui n’ont plus remis les pieds dans leur pays depuis des lustres, posez-vous la question pourquoi ? Justement, c’est là où la question d’une Diaspora discriminée devient une injustice à réparer ! Beaucoup de Togolais ont trop servi le monde entier sauf le Togo. Le temps est venu pour que la terre de nos aïeux rassemble tous ses enfants pour sa refondation démocratique et républicaine.

La constitution d’une banque des compétences de la diaspora togolaise fait-elle du CMDT, un simple mouvement de proposition et de participation à la vie politique et économique du Togo ou bien s’agit-il d’une structure qui nourrit d’autres ambitions ?

Ce que nous avions mis sur pied comme base de données appelée banque des compétences de la diaspora togolaise a rencontré un franc succès puisque de partout des Togolais s’y sont inscrits via notre site. Seulement, il nous reste à atteindre une masse critique dans un domaine donné pour lancer un projet au Togo. Je prends l’exemple de la santé. Vous imaginez par exemple cinquante médecins togolais de l’extérieur prendre d’assaut une campagne de soins au Togo, l’effet placebo que cela peut faire dans la population togolaise ! Nous devons redonner espoir à notre peuple et le CMDT s’y attèle.

Comment s’impliquer efficacement dans la vie socio-économique de son pays quand on vit à plus de 6000 kilomètres de Lomé ?

A l’ère des nouvelles technologies, la réponse à cette question est de l’art du possible. La toile ou l’internet a rapproché les peuples et j’aime bien l’expression « les autoroutes de l’information » pour vous dire que la distance géographique compte pour du beurre dans les solutions globales du monde aujourd’hui.

Est-il réaliste de vouloir bâtir son pays, le rendre économiquement fort et socialement juste sans faire de la politique politicienne ?

La politique politicienne c’est ce que certains appellent la politique avec petit « p ». Celle qui bassement fait des calculs sur des intérêts égoïstes en ignorant l’intérêt général. La politique, celle qui se définit par la gestion de la cité n’y a rien à voir. Celle-ci est noble, elle se fait en regardant les gens droit dans les yeux, elle se fait sur le respect de la vérité des urnes et la vérité des comptes.

Lors de la rencontre de Bruxelles, vous aviez évoqué la diaspora togolaise « plurielle ». Ce qui veut dire ?

Le CMDT transcende toutes les obédiences politiques et accepte le débat contradictoire.
Au risque de me répéter, c’est le Togo et son peuple qui importent le CMDT. Vous comprendrez combien ce que veut le peuple, c’est ce que veut le CMDT. Donc notre antienne, le développement d’accord ! L’intérêt général, bien sûr ! Mais l’état de droit d’abord ! Tout ceci s’explique car le CMDT veut pour le Togo une société juste, égalitaire, fraternelle et solidaire où l’humain est au centre des préoccupations. Oui, la Diaspora togolaise est plurielle. Cela ne doit pas nous empêcher de bâtir une telle société avec une plateforme minimale où le bon sens et les règles de bienséance universelles s’appliquent à tous.


Vous militez depuis fort longtemps pour « une forte implication de la Diaspora Togolaise, qui offrirait à la mère patrie, la contribution efficiente de ses enfants de l’extérieur, pour la reconstruction du pays ». Votre voix porte-t-elle jusqu’à Lomé ? Et de quelle manière ?

Bien sûr que notre voix porte jusqu’à Lomé et dans le Togo profond. Ne serait-ce déjà sur le plan économique, le soutien que chacun de nous apporte à sa famille !


La mère patrie est orpheline de sa diaspora et il faut le dire ! Que les pouvoirs qui dirigent le Togo créent les conditions pour que cette reconstruction/refondation du pays soit effective. La diaspora est prête à s’investir, à investir et dans tous les domaines ! Le CMDT prend publiquement cet engagement pour cette mobilisation générale.


Par ailleurs, comment résoudre, selon vous, le délicat problème de l’accueil faussement enthousiaste et même parfois glacial que réservent souvent les cadres nationaux à ceux de la diaspora ?


Vous savez, il y a un travail de pédagogie et d’explication à entreprendre pour lever cette sorte d’incompréhension entre les cadres nationaux et la diaspora. Tout cela me semble relever du faible niveau de vie dans lequel les populations togolaises vivent ! Pour faire court, disons que c’est la faute au sous-développement.

La vie trépidante que mènent vos compatriotes à l’étranger, en Europe et dans le Nord-Pas-de-Calais vous semble-t-elle compatible avec vos appels à la mobilisation ?

Avec un peu de volonté et d’organisation, cela n’est pas du domaine de l’impossible, les autres nationalités l’ont fait, pourquoi pas les Togolais ?

Je ne saurais vous quitter sans vous demander où en est l’enquête de la police sur la tragique disparition de Komlanvi Ange Fiokouna dont le corps sans vie a été repêché dans le port de Dunkerque en juin 2007. Le Conseil mondial de la Diaspora Togolaise dont vous êtes le responsable s’intéresse-t-il toujours à ce cas douloureux ? Etes-vous en contact avec les autorités policières du Nord-Pas-de-Calais ?


Merci à vous de revenir sur ce douloureux évènement qui avait bouleversé toute la communauté togolaise et africaine du NPDC en 2007. Mais comme cette disparition est toujours vécue comme très douloureuse pour nous et surtout pour ses parents qui sont restés sur leur fin, je ne voudrais pas trop m’étendre là-dessus. La mobilisation de tous à cette époque a conduit les autorités judiciaires à l’exhumation de son corps un an plus tard en 2008. L’affaire a été ensuite classée après les résultats des analyses sauf nouveaux éléments à apporter au dossier. Mais dans la communauté nous estimons que le mystère de la disparition de notre jeune compatriote Komlanvi Ange Fiokouna demeure entier.
(Propos recueillis par DW)